Eucharistie

Chaque semaine, presque chaque jour, nous recevons des publicités. Assez souvent, elles nous annoncent que, si nous achetons l’un ou l’autre article, nous recevrons un cadeau gratuit. Ma première réaction est de me dire : « Un cadeau, c’est gratuit par définition. Si c’est un cadeau, il est inutile de préciser qu’il est gratuit. » Et puis je pense que c’est peut-être moins simple que cela. Si le candidat fournisseur juge nécessaire de préciser que ses cadeaux sont gratuits, c’est sans doute parce qu’ils ne le sont pas. Ils ne sont pas gratuits, puisqu’il faut acheter autre chose pour les recevoir. Un cadeau conditionnel n’est pas un vrai cadeau.

L’eucharistie, en revanche, est un vrai cadeau. Jésus se donne à nous, pour de bon, gratuitement, sans rien exiger en retour. Il se souvient de l’invitation d’Isaïe : Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer (Isaïe 55,1). Avant d’aller communier, nous disons au Seigneur que nous ne sommes pas dignes de le recevoir. C’est une traduction un peu malencontreuse de la prière du centurion, qui disait avec plus d’à-propos : « Je ne mérite pas de te recevoir. » Jésus ne vient pas à nous parce que nous le méritons, mais parce qu’il nous juge dignes de lui. Nous reconnaissons que Jésus se donne à nous sans que nous devions mériter quoi que ce soit. Il se donne sans compter. Il donne autant à l’ouvrier de la onzième heure qu’à celui du petit matin. Le Royaume appartient aux pauvres, aux mendiants qui ne songent même pas à en payer le prix, aux petits enfants qui ne peuvent pas encore gagner leur vie, à tous ceux qui n’ont rien à faire valoir pour pouvoir y prétendre. L’évangile ne cesse pas de nous le redire.

Fort bien. L’eucharistie est le sommet de la gratuité et je dois bien avouer – je vais me faire lapider, mais tant pis – je dois bien avouer que cela me gêne, depuis toujours, qu’on paie pour faire dire des messes, qu’on fixe dans l’Église le tarif des eucharisties. Quelles que soient les justifications de cet usage, puissions-nous ne jamais oublier que, du point de vue de Dieu, l’eucharistie n’a pas de prix. Nous sommes bien d’accord là-dessus ? Tout le monde a compris ? Alors, je peux me risquer à dire autre chose. Pas le contraire, mais tout de même autre chose.

Les évangiles, tous les quatre et deux d’entre eux à deux reprises, les évangiles annoncent l’eucharistie dans le récit de la multiplication des pains. Ce n’est pas un hasard si la liturgie de cette fête, tous les trois ans, nous propose d’écouter cet épisode, sous la plume de Luc. Or, il y a dans ce récit une petite phrase qu’il ne faudrait pas négliger : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Il se fait tard, il est temps de prendre congé de tous ces gens, sinon ils ne trouveront plus ni gîte ni couvert. Mais Jésus n’est pas de cet avis : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Vous n’avez que cinq pains et deux poissons ? C’est mieux que rien. Donnez-les, donnez tout. Avec vos cinq pains et vos deux poissons, je peux nourrir cinq mille hommes. Et même davantage, puisqu’il y aura douze paniers de trop. Mais avec rien, je ne peux nourrir personne.

Cela veut-il dire que l’eucharistie n’est pas tout à fait gratuite ? Qu’il faut tout de même déposer quelque chose dans le panier de la collecte pour que ce soit valable ? Pas du tout. Mais l’eucharistie est un engagement. Chaque fois que nous mangeons ce pain, nous devrions entendre la parole de l’évangile : « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement » (Matthieu 10,8). C’est comme si Jésus, en se donnant tout entier, nous murmurait : « Apprenez de moi ce qu’est la gratuité. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Fr. François Dehotte

Lectures de la messe :
Gn 14, 18-20
Ps 109 (110), 1, 2, 3, 4
1 Co 11, 23-26
Lc 9, 11b-17

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