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L’évangile de ce dimanche est un des sept récits que nous appelons la multiplication des pains, chacun avec ses différences et ses accents particuliers. Ici nous avons la version de saint Jean qui est sans doute celle qui nous renvoie de façon la plus explicite à l’eucharistie. Aussi je pense que c’est une occasion de nous rappeler comment le Seigneur est présent et se donne à nous lorsque nous nous rassemblons, comme ce dimanche.

Jésus est assis et il voit une grande foule qui vient à lui et l’entoure. C’est ce que nous avons fait ce matin. Nous sommes venus de près ou de loin mais nous avons fait la démarche de nous rassembler. Et nous le savons, Jésus est déjà présent au milieu de nous lorsque quelques-uns se réunissent en son nom. Ces derniers temps, nous est proposée à la télévision une grande variété de liturgies très bien préparées et célébrées que nous pouvons suivre assis, confortablement installés depuis notre salon. Pourtant rien ne remplace le fait de se déplacer pour retrouver une communauté de frères et sœurs qui partagent la même foi. D’où l’importance de se saluer à l’entrée mais plus encore à la sortie de l’eucharistie car notre assemblée est sainte puisque porteuse de la présence du Christ. Il est vrai, malheureusement, qu’en ce temps de pandémie nous ne pouvons pas manifester cette fraternité comme nous le souhaiterions.

Nous sommes venus en réponse à l’invitation du Seigneur, ce que les cloches nous rappellent. C’est Lui qui a pris l’initiative de nous réunir autour de sa table pour partager la même nourriture. La première table, c’est la table de la Parole. La première nourriture, c’est la Parole qui est proclamée avec les trois lectures, sans oublier le psaume responsorial. Cela demande un certain investissement pour que les lectures ne soient pas seulement un discours mais une parole, capable de toucher le cœur de chaque personne. Car le désir du Seigneur c’est que sa Parole puisse rejoindre chacun et chacune et qu’au moins un mot, une phrase puisse toucher le cœur de chaque personne de l’assemblée et devenir pour elle une parole de vie pour la semaine. Cela suppose l’attention de ceux qui écoutent, mais aussi de la part des lecteurs la conscience de leur responsabilité. Car c’est le Seigneur qui s’adresse à nous, même s’il a besoin que quelqu’un d’entre nous lui prête sa voix.

Puis, il y a la table du pain. « Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, les leur distribua ». L’évangile ne parle pas de multiplication des pains mais il est dit que Jésus les distribue, les partage et à la fin il est dit qu’on remplit douze paniers avec les morceaux qui restaient. Jésus a rompu, a fractionné les pains et nous pensons aux disciples d’Emmaüs qui le reconnurent à la fraction du pain. Le mot le plus ancien pour désigner l’eucharistie c’est justement « la fraction du pain ».

Le pain eucharistique n’est pas là pour lui-même, pour être simplement adoré. Le corps du Christ est présent en vue de la communion et de l’unité. C’est bien pourquoi Saint Paul nous exhorte : « ayez à cœur de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix ». La présence du Christ est une présence qui se donne. Et, lorsque à la communion, nous recevons la petite parcelle de pain eucharistique, c’est le Christ qui nous dit : « je t’aime jusqu’à mourir pour toi ». Aussi, le signe le plus parlant de la présence réelle du Christ dans l’eucharistie c’est le pain en tant que rompu pour être partagé. Déjà dans la première lecture on voit que, pour le prophète Élisée, les quelques pains ne peuvent nourrir la foule des affamés que en étant partagé et distribué. Le Christ nous est donné pour être assimilé, afin que, par la communion à son corps eucharistique, nous devenions nous-mêmes son corps d’humanité aujourd’hui dans le monde.

Quand nous sortons après la messe, tout commence. Nous sortons, nourris par la parole de Dieu et par le pain eucharistique, c’est-à-dire remplis de la vie de Jésus pour que, envoyés par lui, nous puissions alimenter et rassasier la faim des autres. Jésus a besoin de nous, de même qu’il avait besoin des cinq pains du petit garçon. Bien que ce fût très peu, les 5 pains et 2 poissons étaient indispensables. C’est à partir de nos offrandes, si modestes soient-elles, que le Seigneur peut accomplir des miracles. Et le pain se multipliera dans la mesure où nous le partageons. C’est de nos insuffisances et de notre pauvreté que Jésus veut tirer ses miracles.

Ce qui se passe en ces jours de catastrophe nationale en est une parabole. A travers de multiples gestes de solidarité entre voisins et l’aide spontanée de volontaires, des miracles s’accomplissent. À combien plus forte raison quand, remplis de l’amour et de la compassion du Seigneur, il peut agir librement travers nous.

Fr. Bernard de Briey

Lectures de la messe :
2 R 4, 42-44
Ps 144 (145), 10-11, 15-16, 17-18
Ep 4, 1-6
Jn 6, 1-15

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