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Il y a eu de subtils débats pour savoir ce que l’Évangile voulait dire en parlant de la porte étroite, par laquelle il faut passer pour entrer dans la maison de Dieu et être sauvé. La question posée par un anonyme sur la route de Jésus ne semble pas intéresser grand monde de nos jours : on a l’impression que beaucoup de gens sont bien plus préoccupés de leur intérêt immédiat que de leur salut éternel … Quoi qu’il en soit, l’interrogation reste : où se trouve réellement le salut, c’est-à-dire la santé et le bonheur de l’humanité ? Et comment y participer ? Est-ce réservé à un petit nombre, une élite ? Ou bien la chanson a-t-elle raison : « on ira tous au paradis » ?

Les lectures de ce dimanche nous donnent quelques éléments de réponse.

D’abord, sur le comment accéder à la maison de Dieu. « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite » : cela veut dire suivre le chemin de Jésus, car l’Écriture Sainte s’explique par elle-même. L’acclamation avant l’évangile vient de nous rappeler cette autre parole : « Je suis le chemin, la vérité et la vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi ». Un autre passage dit : « Je suis la porte », et la métaphore se poursuit en évoquant les brebis qui trouvent la porte ouverte pour chercher leur nourriture et la porte fermée pour les protéger de l’agression du loup. Passer par Jésus, suivre sa parole et sa manière de vivre, voilà le chemin du bonheur, le salut.

Est-ce réservé à un petit nombre ? A ceux qui ont mangé et bu en présence du Seigneur et qui ont écouté son enseignement, comme nous dans cette église ? Cela ne suffit pas ! « Ne soyez pas des chrétiens d’étiquette », dit le pape François. La participation à la messe ne donne pas droit à un ticket d’entrée au paradis. « Éloignez-vous de moi, vous qui commettez l’injustice ». Il s’agit donc d’être juste, et le chapitre 25 de saint Matthieu nous dit exactement ce que cela signifie. Jésus y met en scène le jugement dernier : les justes qui entrent dans le Royaume de Dieu sont ceux qui ont donné à manger à celui qui a faim, habillé celui qui n’avait rien, rendu visite au malade ou au prisonnier, accueilli l’étranger … Dès lors, on comprend mieux que trouvent place dans ce royaume des gens de partout, de l’Orient et de l’Occident, du nord et du midi, qu’ils soient estampillés juifs, chrétiens, musulmans ou rien de tout cela. Ainsi le Christ annonce la réalisation de l’ancienne prophétie  : je viens rassembler toutes les nations, de toute langue.

Ceci questionne bien entendu nos comportements individuels, notre relation au Christ et nos relations à l’égard des autres, proches ou lointains. Je me permets de vous inviter à réfléchir aussi aux comportements collectifs – où chacun a un rôle à jouer. Il y a actuellement, en réaction sans doute à une mondialisation accélérée, beaucoup de mouvements de repli sur soi, de nationalisme étroit, de rejet de l’étranger. Cela me semble incompatible avec le courant qui traverse toute la Bible. Depuis la création de l’univers, où Dieu trouve que tous les êtres qu’il a créés différents, c’est très bon ; avec le message universaliste du prophète Isaïe, que nous venons d’entendre ; dans l’attitude de Jésus envers la Chananéenne ou le malfaiteur crucifié avec lui ; dans l’ouverture à toutes les nations de saint Paul et des Actes des Apôtres … On pourrait allonger la liste … Et aujourd’hui, nous voyons des prêtres africains heureux d’être au service de nos communautés.

Ne nous laissons pas enfermer dans une perspective étroite, qui n’a rien de commun avec la porte de l’Évangile !

Abbé René Rouschop

Lectures de la messe :
Is 66, 18-21
Ps 116 (117), 1, 2)
He 12, 5-7.11-13
Lc 13, 22-30

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