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Monition

Frères et sœurs,

Dieu se désintéresserait-il de l’humanité ? Question que certains se posent en ces temps de pandémie du corona virus ! Question déjà posée par les disciples de Jésus dans une barque agitée par la bourrasque et prête à couler, alors que ce dernier dormait ! « Maître tu ne te soucies pas de ce que nous périssons ? » (Mc 4, 38)

Je vous invite ce matin, comme nous y invitait le pape François vendredi dernier, à recourir à nos racines en évoquant certains de nos pères et mères dans la foi. Confrontés à l’adversité où et comment ont-ils puisé la force de vivre voir de survivre ?

Homélie

Au début de la Genèse, nous lisons : « Dieu modela l’homme avec de la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant (Gn 2, 7) Des décennies durant, nous avons envisagé le progrès humain comme une conquête qui aboutirait à tout maîtriser, la pandémie actuelle nous rappelle que la vie n’est pas un produit dont nous disposons à notre guise, pas même un droit mais, comme l’exprime la Genèse de façon imagée, un don précieux venant de Dieu, don à accueillir, don il faut prendre soin car il est fragile. Ne nous sommes-nous pas caché cette fragilité ? Question posée par l’abbé Scolas !

Plus loin, dans le récit, il est dit : « Dieu planta un jardin en Éden … et il mit l’homme qu’il avait modelé (Gn 2, 8). Il prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder. » (Gn 2, 15) Souvent, on a compris ce passage en termes de domination, de maîtrise complète. Or le récit ajoute : « Dieu dit : Tu peux manger de tous les arbres du jardin, mais de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas. » (Gn 2, 17b). L’interdit consiste à respecter une limite, à ne pas vouloir tout maîtriser, tout accaparer. Vivre une relation de don et d’accueil suppose une certaine distance entre celui qui donne et celui qui reçoit pour vivre une relation de liberté. Sans cette distance respectueuse, il y a le risque d’accaparer l’autre pour le réduire à un objet de satisfaction, de consommation. Le fruit de l’arbre défendu apparut bon à manger, séduisant et désirable pour acquérir le discernement et donc pour se passer de Dieu. Le fruit devient plus important que le donateur, détruisant ainsi la relation initiale proposée par Dieu. Non-respect perturbant aussi la relation de vis-à-vis, d’égalité entre l’homme et la femme pour la réduire en une relation de domination. Ce défi s’accompagne d’un sentiment de honte et de crainte voir une attitude de fuite quand Dieu se promène dans le jardin, cherchant sans doute à aller à leur rencontre malgré leur péché. Méditant l’histoire d’Israël, ce récit exprime la conviction que rien n’empêche Dieu d’aller à la rencontre des humains, pas même leurs erreurs et leurs péchés !

C’est ce que tente d’exprimer Ézéchiel en s’adressant aux rescapés d’Israël déportés à Babylone, ayant perdu tout espoir de retour sur leur terre. « Ainsi parle le Seigneur : Même si votre désespoir et la mort sont omniprésents, tels des ossements secs éparpillés sur une plaine ou enfouis dans des tombeaux, je mettrai en vous mon esprit, mon souffle. » Don déjà réalisé aux origines faisant de l’homme terreux un vivant ! Par la voix d’Ézéchiel, c’est à son peuple que Dieu adresse cette parole d’espérance, l’invitant à cultiver la vie et l’espérance d’une libération et d’un retour sur la terre de ses pères ! Parole vivifiante déjà présente dans la bouche de Moïse à la sortie d’Égypte, parole toujours agissante en ce temps d’épreuve que constitue l’exil !

Super souffle donné à Israël qui lui permit d’affronter la mort ! Souffle ou esprit à recevoir car l’homme ne vit pas par lui-même, mais grâce à ce don venu de Dieu. (Guide de lecture des prophètes, Paris, Bayard, p. 354) Souffle puissant mis par Dieu dans des êtres fragiles, mortels, «  peureux de leur fragilité car elle peut conduire à de terribles souffrances. » Paul Scolas dans un partage fraternel.

Le psaume retenu ne cache pas cette souffrance de l’être humain que nos sociétés ont parfois eu tendances à occulter : « Des profondeurs, je crie vers toi Seigneur, écoute mon appel ! Que ton oreille se fasse attentive au cri de ma prière ! » Cri d’un homme ou d’une femme dépourvu de tout soutien à vue humaine mais l’ouvrant en un Au-delà de lui-même !

« Dans l’évangile de ce jour, c’est la maladie de son ami Lazare qui met Jésus en route. L’évangéliste Jean n’occulte pas le retentissement du décès de Lazare sur Jésus. Nous découvrons Jésus qui pleure près de son ami Lazare, décédé inopinément (Jn 11, 1-45). Je me réfère à la lettre de carême de notre évêque qui poursuit : « Jésus encaisse la souffrance due à la mort de son ami et à la tristesse de ses sœurs. Cela nous fait penser à ceux qui sont décédés récemment du coronavirus ou d’une autre infection. » En la personne de Jésus se révèle un Dieu qui se fait proche et dont les entrailles sont remuées par la mort et la souffrance humaine. Comment ne pas évoquer ce que suscite aujourd’hui, chez certains, la confrontation avec cette pandémie, avec la fragilité humaine ? Occultée en d’autre temps, elle devient lieu de rencontre, de fraternité, de compassion entraînant un dévouement insoupçonné de nombreux compagnons de voyage exemplaires, Des solidarités nouvelles et de la créativité se créent pour endiguer ce temps d’épreuve. Comme croyant, à la suite du pape François, « j’y décèle la force agissante de l’Esprit déversée et transformée en courageux et généreux dévouements. C’est la vie de l’Esprit vécue et annoncée par Jésus, capable de racheter, de valoriser et de montrer comment nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées… en train d’écrire aujourd’hui les événements décisifs de notre histoire et qui ont compris que personne ne se sauve tout seul … «

Après avoir traversé cette épreuve de confrontation à la mort et après avoir imploré son Père Jésus cria d’une voix forte : » Lazare, viens de hors ! Et le mort sortit. » L’abbé Rouschop nous pose cette question :   Ne serait-ce pas la même Parole, le même souffle de vie que dans la vallée du prophète Ézéchiel ? Voir le souffle qui fit d’un terreux un vivant ?

Comme nos pères et mères dans la foi, alors que les ténèbres semblent l’emporter, sommes-nous prêts à faire une confiance totale en un Dieu qui fait toujours triompher la vie ? Habités par son Souffle, à mettre nos pas à la suite de son Fils rejoignant l’être blessé, l’aidant à se mettre debout et à passer de la mort à la vie?

Fr. Jean Albert Dumoulin

Lectures de la messe :
Ez 37, 12-14
Ps 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8
Rm 8, 8-11
Jn 11, 1-45

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