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31 décembre 2025

Bien chers amis,

Au temps de l’Avent, nos lectures de l’Écriture tracent un chemin qui nous conduit jusqu’à la rencontre du Vivant à la crèche. L’acte de lire doit nous conduire à la Vie et, en quelque sorte, nous délivrer, nous faire vivre une expérience au-delà du livre.

Aimer à lire, selon Montesquieu, c’est faire l’échange des heures d’ennui que l’on doit avoir dans sa vie contre des heures délicieuses.

Délassement, intérêt, découverte, mais surtout apprentissage du demeurer avec soi, de prendre plaisir à se questionner, à s’élucider et finalement à y découvrir une lumière autre que nous-mêmes. On pourrait alors dire : lire, c’est échanger ces heures d’en nuit contre des heures de lumière.

Saint Benoît va dans ce sens quand il dit au chapitre 48 de la règle : « Le dimanche, tous vaqueront à la lecture, excepté ceux qui sont employés à divers offices. »

Donc si les heures que l’on a devant soi ne sont pas à consacrer à Dieu dans la liturgie, ni au service des frères ou des hôtes, si le temps se dégage en loisir, la meilleure chose à faire est d’habiter avec soi-même dans un dialogue de soi à soi devant Dieu, que la lecture nous permet de vivre en sachant qu’elle n’est nullement isolement.

Le philosophe Louis Lavelle le précise bien : « Comme nos amis les meilleurs ne sont pas ceux qui ont le plus de dons, mais ceux dont la seule présence communique à notre âme le mouvement et la vie, ainsi les meilleurs livres sont aussi ceux qui apportent à notre esprit un ébranlement plutôt qu’un aliment. Il suffit qu’ils nous posent des questions, mais c’est à nous d’y répondre. Au lieu d’enfermer notre pensée dans les bornes d’une connaissance déjà formée, ils ouvrent devant elle un chemin de lumière. … La vivante communication des hommes entre eux est la véritable fin de la lecture. Mais la lecture n’en est que l’instrument. Aussi ne faut-il jamais craindre de quitter un livre, même le plus grand, pour un homme, même le plus simple. Et si l’on pense autrement, c’est que l’on met encore l’idée, ou seulement le mot, au-dessus de l’être et de la chose. »

Autrement dit, si les textes de l’Écriture ou les contes de Noël nous conduisent à la crèche, c’est Jésus vivant qu’il nous faut rencontrer. Donc même le plus grand des livres qui nous met en communication avec Dieu ne doit pas nous fermer à notre prochain, même le plus humble, parce que la Bible nous apprend à rencontrer le Christ dans l’autre.

Alors la fraternité bénédictine se construit dans un va-et-vient entre solitude avec le livre et rencontre du frère.

Le Livre nous aide à comprendre notre chemin d’humanité en nous posant la question : combien suis-je frère, père, fils ?

Bon temps de Noël et heureuse année 2026.

Frère Renaud