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Elles sont trois …

Trois paraboles, liées entre elles, cousues ensemble par le rédacteur de l’évangile de Luc. Mais au fond, pourquoi ? Pourquoi en effet mettre ensemble, dans un même bloc, ces trois paraboles ; elles auraient pu être dispersées. Ici, elles sont liées. Il s’agirait en effet de découvrir pourquoi.

Bien sûr, si elles sont ainsi cousues ensemble ces 3 paraboles, c’est qu’elles ont un point commun ; elles concernent un objet perdu, quelque chose ou quelqu’un qui a été perdu : une brebis perdue, une pièce de monnaie perdue, un fils perdu. Et, chacun en fait l’expérience, quand on a perdu un être cher, un enfant ou un conjoint, un animal de compagnie ou peut-être simplement un document, on est tout perturbé, on est retourné. C’est un événement qui vous tombe dessus. On est tout perdu soi-même. C’est pourquoi le mot « perdu » à propos des 3 paraboles n’est peut-être pas le mot juste car dans ces 3 paraboles on finit par retrouver ce qui était perdu, ce qui était égaré. On peut même dire que chacune de ces histoires porte sur la recherche, ce que l’on met en œuvre pour retrouver. Le narrateur laisse d’abord planer un doute : est-ce bel et bien perdu, est-ce égaré ?

Et, nouvel étonnement : à chaque fois, on est mis devant de l’inattendu, de la surprise. On peut même dire de l’excessif, n’ayons pas peur des mots : de l’extravagant.

Voilà quelqu’un qui laisse en plan tout son troupeau de 99 brebis pour partir à la recherche d’une seule brebis qui s’est perdue.

Voilà une femme qui réunit tout son voisinage et fait la fête pour une pièce de monnaie qu’elle a retrouvée en balayant sa maison.

Voilà un père de famille qui va lui-même au-devant de son fils prodigue, ne le laisse même pas bredouiller ses excuses, fait une fête à tout casser en essayant même d’y faire entrer son aîné.

Tout cela est excessif et ne manque pas d’interroger : qu’est-ce qui se passe ? Où veut-on nous mener ?

En relisant le contexte où ces 3 paraboles s’inscrivent, nous découvrons ceci : « Cet homme-là (il s’agit de Jésus) fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ». Voilà, l’attitude de Jésus dérange, sa manière de faire déplaît à certains. Et pourquoi ? Oui, pourquoi être dérangé ? Ne pourrait-on pas être tolérant, admettre les différences, comme on dit. Que cet homme-là mange avec des pécheurs, pourquoi en faire des histoires ?

Mais faire son devoir, rester dans les normes, rester dans les clous, cela coûte, c’est dur. C’est bien ce que le fils aîné de la parabole laisse entendre en clair sous forme de reproches faits à son père. Qu’on ne vienne pas faire la fête pour quelqu’un qui a jeté l’argent par les fenêtres et qui s’est donné la belle vie…

Quand on a dur pour faire son devoir, on n’aime guère ceux qui sortent des normes.

Mais, restreindre l’Évangile à une question de tolérance me paraît passer à côté de son enjeu.

Ce qui se passe est ceci : dans la vie telle qu’elle est, il y a des gens qui ne parviennent pas à être selon les normes, qui ne parviennent pas à vivre comme tout le monde. Ainsi ici au monastère passent régulièrement des SDF pour demander l’hospitalité et l’on est tenté se dire : mais pourquoi ne peuvent-ils pas faire comme les autres, se ranger, se fixer au lieu de recommencer toujours leur vagabondage ?

Que va-t-on faire avec ces gens-là qui vivent hors des clous, peut-être sans foi ni loi ? Faut-il les abandonner, les mettre dans les marges, leur laisser tirer leur plan ? Eh bien, l’évangile de ce jour nous dit que ce n’est pas là l’attitude divine révélée par Jésus. Au contraire, celle-ci abandonne 99 brebis pour aller chercher une qui s’est égarée, qui s’est perdue. L’attitude divine peut retourner la maison, sortir des sentiers battus et redonner sa chance à un fils prodigue.

L’extravagant, c’est qu’il ne s’agit pas là d’un simple acte humanitaire pour s’occuper des marginaux. Ce n’est pas non plus dans un souci de remettre des gens dans le droit chemin, les récupérer, les réintégrer. Mais alors pourquoi ? Peut-être que l’Évangile prend les gens comme ils sont, des gens qui ne peuvent pas rester dans le devoir et voilà, la vie est aussi pour eux. Si on peut les aider à s’en sortir, si l’on peut leur redonner des possibilités de vivre, c’est ce qu’il faut faire.

L’évangile n’en dit pas plus. Il ne dit pas comment aller à la recherche de la brebis perdue, que faire avec les marginaux de nos sociétés. Il ouvre un chemin sans décliner toutes les façons de faire. A nous d’inventer des solutions…

Fr. Hubert Thomas

Lectures de la messe :
Ex 32, 7-11.13-14
Ps 50 (51), 3-4, 12-13, 17.19
1 Tm 1, 12-17
Lc 15, 1-32

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