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Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?

À cette question des disciples envoyés par Jean-Baptiste, Jésus ne répond pas par oui ou par non ou en disant qu’il est prêtre, prophète ou bien roi, il leur dit : allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez ; les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les sourds entendent… Jésus est identifié par ses œuvres : il est quelqu’un qui guérit et pardonne, il libère les gens. C’est pour cela qu’on peut dire qu’il est libérateur.

Il faut se rappeler qu’à l’époque, Jean-Baptiste était emprisonné par le pouvoir en place, il est donc passé par de nombreuses épreuves et, se voyant diminuer, il fut pris de vertige et se posa des questions. Est-ce bien celui dont j’ai annoncé la venue?

Entendre ce texte au milieu de l’Avent doit plutôt nous encourager. Car si le dernier des prophètes, celui qui est venu annoncer le Christ, se met à douter, il se fait encore plus proche de chacun d’entre nous. Nous ne sommes pas seuls à passer par des périodes d’obscurité. L’obscurité est même un lieu par lequel un certain nombre de saints comme Thérèse d’Avila, Jean de la Croix et bien d’autres ont dû passer pour voir la lumière se lever. Peut-être l’Avent serait-il aussi pour nous ce temps obscur où nous devons patienter?

Attendre, veiller, voilà des verbes que nous entendons durant cette période qui précède Noël. Mais attendre qui, attendre quoi, attendre où ? Oui, c’est vrai, nous attendons la venue de Jésus. Mais, au fond, n’est-ce pas davantage Dieu qui nous attend depuis plus de 2000 ans ? Et l’Avent, ne serait-il pas plutôt le temps qui nous sépare de notre véritable naissance ?

Jean-Baptiste a connu la même tentation que nous, il n’imaginait pas que Jésus l’attendait à ce point et surtout que Jésus l’admirait. Jésus disait à son propos, que « parmi les hommes il n’en existait pas de plus grand que lui » ? La grandeur de Jean-Baptiste aura été de ne pas avoir voulu prendre la place du Christ.

Dans sa prison, Jean-Baptiste a vécu une expérience impressionnante de dépouillement pour reconnaître la grandeur de Jésus. Celui-ci n’était pas le justicier de Dieu qui allait venir remettre de l’ordre dans le monde en déroute. Jésus allait plutôt se mettre à l’écoute des gens pour les guérir et les pardonner. C’est ainsi que nous le reconnaîtrons comme fils de Dieu.

Au fond, Jésus est déjà là, à notre porte, dans le visage de cette femme qui tourne en rond sur les routes et qui a froid, dans celui de cet enfant rendu orphelin par la guerre ou dans le visage de cet homme dont le regard brille, tellement il est noyé de larmes…

C’est Isaïe qui nous rappelait dans la première lecture que le désert et la terre de la soif se réjouissaient de voir la Gloire du Seigneur. Chacun a un chemin différent et Dieu le respecte. Par la bouche d’Isaïe, nous sommes invités à garder courage et à ne pas perdre patience, car, comme la venue d’un enfant, on ignore ce que notre naissance en Dieu aura comme conséquence.

Ce dimanche est le jour où l’on redécouvre par Jean-Baptiste la vertu de l’humilité. « Le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui », nous disait Jésus. Comme Jean-Baptiste, Dieu nous a mis à notre place. Et c’est de là où nous sommes que nous pouvons attendre et annoncer la venue de Jésus… et que nous pouvons douter aussi. Comme une maman qui attend la venue de l’enfant, la joie est mêlée à l’angoisse. Mais, comme elle, nous sommes invités à nous abandonner pour laisser Jésus prendre corps en nous.

Oui, Dieu a foi en l’humanité et c’est sa foi (ou sa joie…) qui nous libère et nous fait renaître.

Fr. Pierre Gabriel

Lectures de la messe :
Is 35, 1-6a.10
Ps 145 (146), 7, 8, 9ab.10a
Jc 5, 7-10
Mt 11, 2-11

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