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Chant d’entrée « Gaudete » pour le troisième dimanche de l’Avent
Graduel de Schönenwerd – v. 1556

Es-tu le Messie lui-même ? Ou bien Elie ? Ou bien encore le Prophète annoncé ? Beaucoup de questions agitent les prêtres et lévites qui attendent. Tout le monde attendait, oui, mais tout le monde n’attendait pas la même chose, ou le même personnage : c’est pour cela que les questions se bousculent : «Et Jean-Baptiste de répondre: Je suis la voix qui crie à travers le désert: Aplanissez le chemin du Seigneur…

Tout le premier Testament exprimait la tension vers la venue du Messie. L’attente, accompagnée d’espérance voire aussi d’impatience ou de perplexité et d’irritations pour les Juifs devient pour Jean-Baptiste une confiance sereine. Il ne donne pas de réponses précises à ses interlocuteurs. Seuls ceux qui accepteront de marcher dans le désert sans vouloir tout comprendre et tout posséder verront la lumière de Dieu se lever. Ils comprendront ce que voulait dire Jean-Baptiste.

Le désert est en effet le terrain de Jean-Baptiste. C’est de là qu’il parle et c’est là qu’il nous rejoint, c’est là aussi qu’il veut nous emmener. Comme le premier Testament nous a appris à marcher dans le désert avec le peuple d’Israël, Jean-Baptiste ramène chacun à son désert. Un lieu où la soif se creuse et où notre oreille s’affine pour écouter les nouveaux sons qui s’offrent à nous. Un lieu où nous sommes obligés de nous simplifier pour tenir.

Mais le désert n’est pas seulement un vide à remplir. Il est un vide à rencontrer, à découvrir, un vide devant lequel on s’émerveille. Je me rappelle avoir été en Algérie dans ma jeunesse et avoir découvert dans le désert une diversité étonnante de paysages, de lumières et d’habitants. Tous les 50 km, un autre univers s’offrait à nous. Tandis que nous étions émerveillés de ce que nous observions, nous étions aussi impatients d’aller plus loin sur le chemin.

Aux questions des Juifs sur son identité, Jean-Baptiste ne répond pas. Il les laisse sur leur interrogation. Il ne veut pas leur enlever la chance du chemin qui leur reste à parcourir pour découvrir ce qu’il est venu faire.

Comme Jean-Baptiste vient annoncer la venue de Jésus, il ne va pas commencer par se mettre en première ligne. Et puis, Jésus n’est pas encore là, Jean-Baptiste ne savait pas tout sur sa personne avant son arrivée. Jésus habite déjà le silence qui nous sépare de lui. Au fond, ce silence de l’Avent a déjà un peu le goût du silence que nous rencontrerons le samedi Saint; rappelez-vous, le samedi saint, Jésus vient de mourir et nous sommes renvoyés devant notre silence intérieur.

Si le désert est le chemin des Juifs comme il est aussi notre chemin, il n’est pas seulement un temps aride et stérile où l’obsession de la soif et de la faim nous emprisonne. Jean-Baptiste nous fait découvrir ici que le désert est une chance. Car il nous permet de découvrir de nouvelles richesses qu’on n’aurait peut-être jamais soupçonnées. Certes, la variété des paysages comme toutes les découvertes extérieures peuvent déjà nous combler, mais le désert est bien plus un lieu de rencontre avec notre univers intérieur. Alors que les Juifs demandent à Jean-Baptiste qui il est, peut-être ne se sont-ils pas interrogés sur leur identité à eux. Qui sont-ils vraiment? Le désert pourrait leur donner l’occasion de se rencontrer eux-mêmes.

Pour nous aussi, le désert a des visages très divers et on y discerne les traits d’une multitude d’expériences toutes aussi originales les unes que les autres. Il s’agit de paysages intérieurs aux parfums très nouveaux. Ainsi les ruptures d’alliance ou de relations diverses, la maladie ou la mort pourraient nous faire peur et nous arrêter sur le chemin, mais l’espérance d’entendre la voix d’un ange ou celle d’un prophète comme Jean-Baptiste doit nous encourager à avancer et à rester à l’écoute.

Ce temps précédant la fête de Noël ouvre nos oreilles et nos yeux pour nous donner d’entendre et de voir le Seigneur qui naît, non pas seulement devant nous, mais en nous. La lumière dont l’apôtre Jean parlait au début de l’évangile n’est pas seulement hors de nous, elle éclaire le fond de notre être pour lui donner la direction que doit prendre notre vie, celle de Dieu comme celle de l’amour.

Fr. Pierre Gabriel

Lectures de la messe :
Is 61, 1-2a.10-11
Lc 1, 46b-48, 49-50, 53-54
1 Th 5, 16-24
Jn 1, 6-8.19-28

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