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Jésus est venu apporter un feu sur la terre. On s’est beaucoup demandé de quoi il s’agissait. On a proposé plusieurs réponses, qui ont de l’intérêt, mais aucune ne s’impose vraiment. La mienne pas plus que les autres.

On pourrait par exemple songer au feu de la Parole – notre cœur n’était-il pas tout brûlant tandis qu’il nous expliquait les Écritures ? – mais Jésus ne dirait pas, à propos de ce feu-là : « Comme je voudrais qu’il soit allumé ! » Car au point où nous en sommes dans l’évangile, il y a déjà un bon moment que la Parole a commencé d’embraser les cœurs.

On peut aussi penser que Jésus parle du feu de l’Esprit, déjà annoncé par Jean-Baptiste, et qui se répandra dans le monde après s’être déposé sur les apôtres le jour de la Pentecôte. Et le feu de l’Esprit, c’est l’amour.

L’amour allumé sur la terre devrait y être source de paix. Jésus, avec beaucoup de clairvoyance, devine que les choses ne seront pas si simples que cela, que sa parole provoquera des divisions entre les hommes et jusqu’au sein des familles. Que l’amour ne suffira pas.

Et cependant des hommes et des femmes parient là-dessus pour construire des couples, des familles. Je ne vais pas me risquer à vous dire comment on construit un couple ou une famille : pour la plupart, vous avez dans ce domaine plus d’expérience que moi. Mais dans le lieu où nous nous trouvons, des hommes font le pari quotidien de construire une communauté, une communion fraternelle. Vous vous en doutez, ce n’est pas facile tous les jours. Diversité des âges, des tempéraments, des cultures, des goûts, des désirs. Il y a ceux qui voient et ceux qui ne voient pas, ceux qui chantent trop fort et ceux qu’on n’entend pas… Et pourtant, ça tient. Comment ? Le feu sur la terre. L’accueil toujours renouvelé de l’Esprit d’amour, plus fort que tout ce qui agace ou sépare.

Le jour de notre profession monastique, le jour où nous prononçons nos vœux pour nous engager définitivement dans la communauté, nous chantons le verset de psaume que saint Benoît nous a demandé de chanter alors, avec la communauté : Reçois-moi, Seigneur, selon ta parole, et je vivrai ; ne me déçois pas dans mon attente. Nous continuons à désigner ce verset par le premier mot de sa version latine, suscipe. C’est un mot très riche. Cela veut dire : prends-moi par en-dessous, soulève-moi. Le Père Denis Huerre, ancien abbé de la Pierre-qui-vire, dans le Morvan, proposait de traduire : « Ramasse-moi. » Il s’agit du geste par lequel, dans l’Antiquité, un homme saisissait à terre l’enfant qui venait de naître, le soulevait pour montrer qu’il le reconnaissait comme son enfant et s’engageait à l’élever ; il l’élevait pour montrer qu’il l’élèverait.

Suscipe me, Domine, adopte-moi, Seigneur, fais de moi, de chacun, de chacune, ton enfant. Et nous allumerons ensemble le feu de ton amour, le feu sur la terre.

Fr. François Dehotte

Lectures de la messe :
Jr 38, 4-6.8-10
Ps 39 (40), 2, 3, 4, 18
He 12, 1-4
Lc 12, 49-53

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