Au début de cette homélie, je désire vous citer l’extrait d’un article de Mira Neshama Nicolescu à propos de la fête juive des lumières : « A nous d’attraper ces étincelles de lumière primordiale que la tradition mystique appelle « lumière cachée » car elle luit sans avoir besoin d’être vue sous le manteau parfois bien sombre du théâtre du monde, elle éclaire qui veut bien voir derrière les apparences, elle illumine les cœurs en silence derrière les masques de haine. […] Elle nous rappelle ce message : que le vrai miracle, c’est peut-être la vraie résistance –ne pas se laisser recouvrir par l’obscurité des cœurs, mais choisir la lumière, même quand tout paraît si sombre. »
Noël, autre fête de lumière… Et moi, j’aime ce message de la lumière comme résistance ! Elle dissipe l’obscurité, elle dissipe ce qui rend tout opaque, elle dissipe ce qui rend l’humain ténébreux, illisible, elle redonne de la brillance –c’est comme ça que l’hébreu biblique appelle la louange- elle rend son vrai sens à notre réalité.
Lumière merveilleuse, miraculeuse, qui dissipe la haine, qui aplanit le chemin dans le désert, selon les termes de la si vieille prophétie d’Isaïe et que Jean-Baptiste criera à nouveau, annonce d’un monde pacifié, où les ennemis d’hier peuvent enfin se remettre à se parler et à s’entendre. Lumière qui sait se frayer un chemin, à la manière du pied qu’on pousse dans la porte, ainsi que Raymond me l’a suggéré il y a juste quelques jours, et qui laisse une ouverture, petite sans doute, résistante encore, si riche de promesses.
Noël, c’est un tout petit enfant, mais qu’est-ce que ça représente, aux yeux des puissances de ce monde ? Justement, peut-être qu’il nous fait comprendre précisément, cet enfant, ce qu’on dit lorsqu’on parle d’un « Dieu tout-puissant ». Le psaume 8 nous offre à contempler clairement l’enfant, le bébé, encore totalement dépendant, comme ce qui est le mieux à même de nous faire saisir ce qu’est la force transformatrice qu’opère la rencontre de notre Dieu. Mais tous les parents du monde n’en font-ils pas l’expérience ? L’arrivée d’un nouveau-né ne bouleverse-t-il pas toute la vie d’une famille ?
Et le psaume, qui n’en loupe pas une, va jusqu’à mettre en scène la bouche de ce bébé comme le fondement de la force d’audace de notre Dieu. La bouche d’un tout petit, révélation d’un Dieu qui ose ! Qu’est-ce que c’est, alors, la bouche d’un bébé, pour ses parents, et pour sa maman en particulier, qui lui donne le sein et qui est donc en contact comme personne avec la bouche de son enfant ? Notre amie Chantal racontait sa surprise devant la vigueur de sa fille à peine mise au monde, lorsque pour la première fois elle se mit à téter.
Quelque chose de messianique se cache là. Un nouveau monde naît là, plus vrai, plus durable, je crois, plus réel à mon humble avis, plus libérant, que tous ces systèmes qui prétendent tout contrôler, qui prétendent avoir le dernier mot mais dont on est si souvent prisonnier. La vraie vie, selon un slogan publicitaire bien connu… Ah oui, vraiment ?
Dieu, en Jésus naissant, commence à nous dire son dernier mot, sans ostentation, tout doucement. Silencieusement ? A vrai dire, ça, c’est assez relatif, n’est-ce pas ? Que faites-vous du cri du charmant bambin, sa bouche, pour reprendre l’image du psaume, qui s’impose et qui impose son horaire, de jour comme de nuit, et cela, juste au moment où l’on se sent plonger dans les délices d’un sommeil réparateur ?…
Mais, même ainsi, n’est-il pas une image suggestive de ce Dieu d’amour qui, par la voix du bébé de Noël, vient réveiller en nos cœurs le mystère de cette nuit sainte, source de paix et de joie ?
frère Etienne
Lectures : Is 9,1-6 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
