Nous célébrons la fête du baptême du Seigneur. Nos frères et sœurs d’orient l’appellent plus volontiers la fête de la Théophanie. Au moment où Jésus remonte de l’eau de son baptême, en effet, Dieu se révèle tout entier, Dieu manifeste qu’il est Trinité. On entend la voix du Père, elle désigne Jésus comme le Fils et l’Esprit se rend visible.
Tout est prêt pour que nous puissions aborder dès demain le temps ordinaire, confiants dans la présence fidèle de ce Dieu-là. Un Dieu qui n’est pas seulement avec nous dans nos fêtes et nos célébrations, mais dans notre quotidien. Plénitude de joie parce qu’il est en lui-même relation de pur amour. Relation ouverte où nous sommes appelés à prendre place. Notre place.
La voix du Père dit à propos de Jésus qu’en lui il trouve sa joie. Le verbe grec et le nom qui en découle – evdokía – sont un peu difficiles à traduire, car ils sont trop riches. Ils n’ont pas en français d’équivalents véritables, ou du moins ils n’en ont plus. La traduction la plus exacte serait se complaire, complaisance, si ces mots n’étaient pas devenus péjoratifs, si ces mots disaient encore, tout à la fois, le plaisir et la bonté.
Quand Dieu dit de Jésus qu’il met en lui sa complaisance, son bon plaisir, cela veut dire en même temps : c’est en lui que je mets tout mon amour et c’est de lui que je puise toute ma joie. Les deux traductions sont correctes et insuffisantes, il faudrait pouvoir dire les deux choses en une seule phrase.
Et ce serait la phrase que Dieu dit à chacun de nous : mon bonheur est de t’aimer. Car il nous dit cela comme il l’a dit à Jésus au bord du Jourdain. Ni plus ni moins. Nous sommes, chacun, chacune, la source de sa joie, comme Jésus. Autant que Jésus. Le jour de notre baptême, il nous a dit : toi, aujourd’hui, tel(le) que tu es, tu es ma joie. Il nous le redit chaque jour, mais pouvons-nous l’entendre ?
Si nous nous examinons (au lieu d’examiner les autres), nous découvrons sans doute en nous des choses dont nous ne sommes pas fiers et nous pouvons croire que Dieu n’a pas de plaisir à les regarder. Mais Dieu ne les considère pas. Il ne voit en nous que ce qu’il crée et il voit que c’est bon, car il ne peut créer que du bon. Il ne nous aime pas malgré notre péché ou malgré nos défauts, il nous aime parce que nous sommes ses œuvres, parce que nous sommes ce que nous sommes.
Alors, je termine sur une question. Je vous l’ai déjà posée il y a vingt-quatre ans, mais je vous pardonne si vous l’avez oubliée. Et peut-être ne vous souvenez-vous plus de votre réponse. Dieu dit à chacun de nous : toi, aujourd’hui, tel(le) que tu es, tu es ma joie. Si nous pouvions entendre et croire que nous sommes la joie de Dieu, Dieu ne serait-il pas davantage la nôtre ?
frère François
Lectures : Is 42, 1-4.6-7 ; Ac 10, 34-38 ; Mt 3, 13-17
