L’agneau
« Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » : nous répétons cette formule peut-être de façon machinale au moment de la fraction du pain puis avant la communion…Prenons un instant pour y réfléchir un peu… Elle est tirée de l’évangile selon St Jean que nous venons d’entendre, et il la met dans la bouche d’un autre Jean, le Baptiste, au moment où Jésus vient vers lui. Sans doute le récit évangélique a-t-il été composé plus de cinquante ans après cette rencontre, et il ne faut pas y chercher un reportage exact des faits, comme si la TV avait été là… C’est une vision de foi que nous rapportent ces textes, la foi née dans les communautés chrétiennes qui se sont formées après la résurrection du Christ. Pour exprimer cette foi nouvelle, les auteurs utilisent les références qui sont à leur disposition, principalement les livres de la Bible juive. Ainsi ‘l’agneau de Dieu’ fait de suite penser à l’agneau pascal, qu’on immolait lors de la Pâque en mémoire de la liberté retrouvée, lorsque son sang marquait les portes des Hébreux fuyant l’esclavage en Egypte.
L’image de l’agneau évoque aussi la figure du Serviteur de Dieu, que le prophète Isaïe présente comme un agneau mené à l’abattoir : immolé à cause de nos fautes, il prend sur lui le péché des multitudes. Ce serviteur, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, va non seulement rassembler le peuple d’Israël : il sera la lumière des nations « pour que le salut de Dieu parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ». C’est le sens de la fête de l’Epiphanie, que nous venons de célébrer.
« J’ai vu l’Esprit descendre du ciel et demeurer sur lui » ajoute encore Jean-Baptiste. Ce témoignage, commun aux quatre évangiles, indique que Jésus est bien le Christ, le Messie attendu depuis des siècles.
Enfin, l’évangile met dans la bouche de Jean ce qui est la conviction des apôtres et de tous les premiers témoins de la foi : c’est lui le Fils de Dieu. L’enfant qui est né dans la précarité, le jeune homme qui se présente au baptême de Jean est bien celui en qui l’Esprit Saint demeure pleinement : il est le Fils de Dieu. Affirmation centrale qui a provoqué bien des questions et des divisions à l’intérieur du christianisme et en-dehors. Cœur de la foi que nous n’aurons jamais fini d’explorer.
Appel et mission
On pourrait arrêter ici notre méditation. Mais la liturgie nous pousse plus loin. Les lectures d’Isaïe et de Paul nous ont montré que nous sommes appelés, nous aussi, à être enfants de Dieu et serviteurs. « Le Seigneur m’a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur » dit le prophète. Au commencement de sa lettre aux chrétiens de Corinthe, Paul se dit « appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus ». L’initiative et l’appel de Dieu sont liés à une mission. Si nous recevons l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, c’est pour être libérés de notre péché, mais encore pour en délivrer, autant que nous le pouvons, ce monde toujours marqué par ses déviances et ses enfermements, ses soifs de pouvoir et de richesses, son orgueil et ses égoïsmes…
Quel que soit le nom que nous avons reçu lors de notre Baptême, notre entrée dans la communauté chrétienne a signifié un appel de Dieu et une mission à accomplir. Il est bon d’en reprendre conscience et de nous réjouir d’abord du don de la foi que nous avons reçu, peu importe de quelle manière et en quelles circonstances. Nous pouvons dire avec le prophète : oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force.
Que cette eucharistie, comme son nom l’indique, soit pour chacune et chacun une vraie action de grâce, une reconnaissance des dons reçus et une motivation nouvelle pour enlever le péché de notre vie et du monde.
abbé René Rouschop
Lectures : Is 49, 3.5-6 ; 1 Co 1, 1-3 ; Jn 1, 29-34
