Il y a une première scène. Elle se passe dans un jardin. L’homme et la femme ont pris leur place dans le monde créé par Dieu. Le jardin symbolisant le lieu à la fois de la nature et de la culture. Il est donné par Dieu et en même temps, l’humain doit en faire quelque chose pour l’humaniser et pour en vivre. Lieu sans doute aussi d’harmonie, de paix.
Parce qu’il porte en lui le souffle de vie, l’humain est un vivant. Mais comment rester un vivant ? Comment rester dans le souffle inspirant ?
A écouter les paroles de ce dimanche, nous nous apercevons que dans ce monde à humaniser des paroles contradictoires circulent. Le diabolos, le diviseur, reprend la parole sortie de la bouche de Dieu mais en même temps la déforme. Dieu n’a pas dit à l’humain : « vous ne mangerez le fruit d’aucun arbre du jardin ». C’est une déformation, c’est un mensonge. Dieu n’a pas dit cela. Dieu a dit: « pour ce qui est de l’arbre qui est au milieu du jardin, vous n’en mangerez pas. » Le serpent déforme en mettant au compte de Dieu un interdit totalitaire: tous les arbres, alors que Dieu a dit: un arbre.
La portée de ce changement n’est pas mince. Car il y a d’une part un Dieu qui crée un monde bon et le donne sans réticence aux humains et cette sollicitude, cette attention réside aussi dans le fait qu’il pose une limite. Or poser une limite, ce n’est pas du tout une brimade, c’est poser un inter-dit, c’est faire et maintenir une place pour l’autre, c’est empêcher qu’un seul prenne tout pour lui, prenne toute la place.
Au commencement est la parole mais quelle parole est à écouter ? C’est la question qui traverse au fond toute vie. C’est la question à laquelle ce premier dimanche de Carême nous renvoie comme chemin d’initiation, comme chemin vers Pâques.
Les trois textes écoutés ce matin répercutent cette question; ils sont comme les trois arches qui portent le pont pour nous faire passer de l’autre côté.
Au coeur de l’expérience humaine, il y a la recherche de l’harmonie, de la bonté, de la beauté, de l’épanouissement de ses capacités et de ses dons. Tout cela qui est symbolisé par la vie dans le jardin.
Mais au coeur de l’expérience humaine, il y a aussi l’épreuve de la liberté, l’épreuve du choix. Elle est symbolisée par un autre lieu que le jardin, c’est le désert et par le serpent ondoyant.
Ce qui apparaît est une mise en contraste entre le passage de la Genèse et celui de l’évangile. Au commencement est la parole. Mais la parole qui est à écouter est la parole bonne, la parole de vie, celle qui ouvre l’humain à la vie, qui le rend vivant, celle que Dieu lui a dite. Par contre, il existe une parole mensongère, porteuse de mort. C’est celle qui propose un monde sans limite, celle qui dit que Dieu ment, qu’il n’est pas le bon Dieu, voulant la vie de l’homme mais un Dieu jaloux, qui en posant une limite n’aime pas vraiment l’humain. Dieu interdicteur, brimeur, Dieu pervers qui cache le mal sous les apparences du bien.
Le récit de la Genèse raconte l’écoute de la parole de mort. L’évangile, de son côté, raconte l’écoute de la parole bonne. De part et d’autre, il y a une épreuve de la liberté, la liberté est mise à l’épreuve, tentée, mise devant un choix. Elle devra se décider.
Pour avancer sur le chemin de la vie, nous avons besoin de la parole de Dieu mais aussi du discernement éclairé. Car la parole de Dieu elle-même peut être tordue, déformée, dire le contraire de ce qu’elle dit. Aussi, c’est avec raison que dans le psaume de ce dimanche, nous avons demandé un coeur pur, renouvelé: « raffermis au fond de moi mon esprit ».
frère Hubert
Lectures : Gn 2, 7-9; 3, 1-7a ; Rm 5, 12-19 ; Mt 4, 1-11
