15032026

Qu’est-ce que ça change d’être chrétien ?

En quoi le fait d’être baptisé change-t-il quelque chose à notre vie ?  Et que veut dire saint Paul quand il invite les chrétiens d’Ephèse et de partout à vivre comme des enfants de lumière ?

La question se fait d’autant plus pertinente que dans nos régions d’Occident le christianisme a perdu beaucoup de son impact sur la société. Il vaut donc la peine de se demander ce que nous pouvons apporter de particulier à ce monde.

Les lectures de ce dimanche n’apportent pas de réponse immédiate à ces questions. Elles indiquent seulement une direction, elles orientent nos pas sur le chemin de la foi. C’est d’ailleurs l’origine de leur choix, en raison du baptême auquel se préparaient jadis et se préparent encore aujourd’hui les catéchumènes. Que leur disent et que nous disent ces textes que nous recevons comme parole de Dieu et qui nous aident à le connaître ?

D’abord, ils corrigent l’image que les hommes se font trop souvent de la divinité :  qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu pour qu’il nous arrive tel malheur ?  Pourquoi cet homme est-il né aveugle ? Est-ce lui qui a péché ou bien ses parents ?  Comme si Dieu était aux aguets pour punir les hommes de leurs méfaits, « tapi au fond de son grand tabernacle » comme l’écrit Zola ! Jésus détourne immédiatement cette idée païenne pour rappeler que l’attitude de Dieu est faite de bonté pour l’homme : il nous faut réaliser l’action de celui qui m’a envoyé. Cette action sera la guérison, et la confiance nouvelle : je crois, Seigneur !  Le vieux psaume chantait déjà : Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien.

Un deuxième enseignement de notre liturgie va à l’encontre d’une tentation qui est aussi de notre époque – et d’ailleurs de tous les temps : croire que nous sommes les auteurs de notre propre vie et vouloir tout maîtriser. Or c’est Dieu qui a l’initiative, et ce n’est pas un hasard si l’évangile nous montre Jésus en train de reproduire les gestes de la première création, où l’être humain est façonné à partir de la poussière du sol. Quand il a fallu désigner un nouveau roi pour Israël, le prophète Samuel pensait d’abord choisir le plus grand et le plus beau des fils de Jessé, qui présente un à un les plus capables d’entre eux. Mais c’est le petit dernier, David, qu’on ira chercher alors qu’il garde le troupeau. De même, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance. C’est le Seigneur qui, en passant, le voit, va vers lui, lui applique de la boue sur les yeux et l’envoie à la piscine : l’aveugle n’avait rien demandé. Dieu ne regarde pas comme les hommes  dit encore le livre de Samuel, car les hommes regardent l’apparence mais le Seigneur regarde le cœur.

En corollaire, nous pouvons aussi retenir ce regard prioritaire du Seigneur sur ceux qui sont en bas de l’échelle. Les derniers seront premiers, heureux les pauvres, le Royaume de Dieu appartient aux enfants et à ceux qui leur ressemblent, etc…

Le chemin de la foi

Nous trouvons donc dans ces paroles une belle synthèse de l’itinéraire du croyant.

En premier lieu, ce n’est pas nous qui avons l’initiative. C’est évident pour celui qui a été baptisé dès sa naissance ; il aura cependant à intégrer le don qu’il a reçu. Quant aux catéchumènes adultes, ils pourront faire mémoire des signes par lesquels le Seigneur les a touchés.

Ensuite, il y a notre réponse. L’aveugle écoute Jésus et lui obéit : il va se laver à la piscine. David accepte l’onction par laquelle l’Esprit du Seigneur s’empare de lui. Le candidat au Baptême accepte de suivre une démarche de découverte de la foi.

La troisième étape est celle du témoignage. L’aveugle guéri va parler successivement de l’homme qu’on appelle Jésus ; puis, face aux pharisiens qui s’inquiètent d’une guérison opérée un jour de sabbat, il dit : c’est un prophète. Comme les autres insistent et qu’ils l’injurient, il leur répond que cet homme-là doit venir de Dieu. Et finalement, rencontrant à nouveau Jésus, il l’appelle Seigneur et lui dit : Je crois !

C’est le même itinéraire que la Samaritaine dimanche dernier. En parlant de Jésus, elle le nomme d’abord un Juif, puis un prophète, puis un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait, et enfin ne serait-ce pas le Messie ? Ainsi grandit la foi : découvrir l’homme Jésus et sa valeur exceptionnelle, être éclairé et séduit par lui, le reconnaître comme le Seigneur et la lumière du monde.

Rendons grâce pour la foi qui nous ouvre les yeux sur le Christ, sur les autres et sur Dieu. Prenons quelques instants pour nous remémorer notre itinéraire personnel : comment le Seigneur a pris l’initiative dans notre vie, par quelles étapes nous sommes passés avant de lui donner notre confiance, et comment il continue à nous éclairer pour faire de nous des enfants de lumière, avec pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité.

abbé René Rouschop

Lectures : 1 S 16, 1b.6-7.10-13a ; Ep 5, 8-14 ; Jn 9, 1-41

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