29032026

« Le Seigneur en a besoin. » En lisant dans la Traduction œcuménique de la Bible le passage d’évangile que nous avons écouté avant d’entrer en procession, j’ai remarqué une note : « Chez Matthieu, c’est la seule fois où Jésus se désigne comme Seigneur. » Et je me suis demandé si c’était vraiment de lui qu’il parlait. N’y aurait-il pas là une porte ouverte sur une autre interprétation ?

Le mot qui est ici traduit « Seigneur », avec une majuscule, a dans la langue courante des significations différentes, plus communes, moins majestueuses. Quand Luc raconte le même épisode, il signale la réaction des propriétaires de l’âne en les désignant par le même mot. Et personne ne songe alors à traduire : les seigneurs de l’âne.

Mais dans la Bible, le terme a pris un sens particulier, parce que les 70 ou 72 savants juifs qui l’ont traduite en grec dès le troisième siècle avant notre ère ont choisi ce mot pour transcrire le nom imprononçable de Dieu. Chaque fois qu’ils ont trouvé dans le texte hébreu les quatre lettres qui désignent l’Éternel, ils ont écrit : le Seigneur.

Cette option a entraîné une habitude chez tous les auteurs sacrés qui ont écrit en grec. Quand ils parlent du Seigneur, c’est de Dieu qu’il s’agit. Dès lors, je me demande s’il est nécessaire de considérer l’évangile de ce jour comme une exception. Est-il vrai qu’au moment d’emprunter un ânon et sa mère, Jésus dit « le Seigneur » au lieu de dire « je » ? Car il aurait pu tout aussi bien donner simplement cette consigne aux deux disciples qu’il envoyait détacher les bêtes : « Si quelqu’un vous dit quelque chose, vous répondrez que j’en ai besoin. »

Mais Jésus dit : « Le Seigneur en a besoin. » Et cela pourrait vouloir dire : Dieu en a besoin. Dieu en a besoin pour réaliser la promesse qu’il a faite à Jérusalem par la voix du prophète Zacharie : « Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme. »

Dieu a besoin d’un petit âne pour nous montrer qu’il est plein de douceur. Et plus largement, pour nous dire qu’il est dans le besoin. Il n’a pas seulement besoin des ânes, mais aussi de nous. Ne me faites pas dire ce que je ne dis pas… En disant : « Le Seigneur en a besoin », Jésus nous révèle que Dieu a renoncé à être autosuffisant.

Et alors, la question que nous pourrions lui poser dans notre prière, au seuil de cette semaine sainte, c’est sans doute : « Père, que puis-je faire pour toi aujourd’hui ? De quoi as-tu besoin ? »

frère François

Lectures : Mt 21, 1-11

Is 50, 4-7 ; Ph 2, 6-11 ;  Mt 26, 14 – 27, 66

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