19042026

Imaginez qu’en ouvrant notre journal ou notre tablette ce matin, nous tombions sur ce titre: «Scoop archéologique : le corps de Jésus de Nazareth identifié dans un tombeau secret». Si cette « fake news » s’avère authentique, saint Paul nous le dit sans détour : notre foi serait vaine. Contrairement aux grandes sagas des figures spirituelles de l’humanité, le christianisme ne repose pas sur la mémoire d’un défunt, mais sur l’événement de la Résurrection et sur le message évangélique. Pourtant, l’Évangile d’Emmaüs nous montre que même parmi ceux qui ont connu Jésus, croire, n’est pas une évidence immédiate[1].

Avant de regarder les disciples sur la route, écoutons l’Apôtre Pierre encore une fois : « Vous avez été rachetés par un sang précieux, celui d’un agneau sans tache, le Christ. »[2] Pierre utilise un mot fort : « rachetés ».  Dans l’Antiquité, on rachetait un esclave pour lui rendre sa liberté.  Mais regardez le prix payé: ce n’est ni l’or ni l’argent, des choses « futiles » et vides de sens (autre que mercantile).  Notre prix, c’est le sang précieux du Christ. Nous avons été rachetés par un « agneau sans tache ». Dans l’Ancien Testament, l’agneau était le signe de l’innocence offerte pour protéger le peuple. Ici, le Christ est cet agneau qui ne porte aucune haine, aucune violence, mais seulement un amour pur.

« Et voici que vous êtes Quelqu’un tout à coup ! » [3], écrivait Paul Claudel dans son poème « Magnificat »[4]. Par ces mots, le poète exprime le choc de sa conversion à Notre-Dame, passant d’un Dieu lointain et philosophique à une présence vivante qui bouleverse l’identité même du croyant. Pour Claudel, le Magnificat n’est plus seulement la prière de Marie, mais le cri de l’âme qui découvre que Dieu n’est pas une idée, mais un Visage qui nous regarde.

C’est fort de cette dignité que nous pouvons maintenant nous tourner vers les deux disciples en marche ; ou plutôt en fuite. La rencontre se produit sur la route, c’est-à-dire un lieu de circulation, de passage, réel et symbolique. Avec les disciples, nous pourrions penser à d’autres personnes qu’ils auraient pu croiser : des marchands, des soldats, des voyageurs indifférents. Mais celui qui les rejoint est un inconnu qui écoute leur déception.

Leur cœur était « lent à croire », nous dit le texte. Comme nous, ils cherchaient le vivant parmi les morts, bloqués sur l’image du tombeau. Mais à la fraction du pain, leurs yeux s’ouvrent : le « Quelqu’un » de Claudel devient leur compagnon de table. La Résurrection n’est plus une information, elle devient une brûlure intérieure qui les remet en marche vers Jérusalem.

Pour les moines et moniales à travers le monde la recherche de Dieu est authentique. Toute leur vie est orientée vers la rencontre de Dieu.

Qu’est-ce que cela voudrait dire pour nous dans notre vie quotidienne ? C’est précisément pour cela que nous sommes réunis ce matin, afin de nous encourager, pour célébrer ensemble afin d’ouvrir les yeux et croire. C’est pour cela que nous suivons des enseignement sur la liturgie, des cours d’hébreu et que nous nous engageons dans des lectures bibliques et des groupes de prière à la maison comme au monastère. Jésus rappelle l’exemple de l’hospitalité chez les Pères et Mères de l’Ancien Testament, Abraham et Sara, Isaac et Rebecca, Jacob avec Léa et Rachel. Je crois que chaque visage croisé est « sacré » car Dieu a investi tout son amour en lui.

Êtes-vous d’accord que croire en Jésus, lui faire confiance et s’engager avec lui sont essentiels pour qu’une relation d’amour soit réciproque ? Bien entendu, croire est un chemin de patience ou chacun avance à son rythme. Il y a toute une pédagogie (progression) de la foi et de la ‘reconnaissance’ dans ce récit ! La foi devient alors notre réponse au don que Dieu nous a fait en Jésus. Si nous recevons et accueillons ce don de Dieu qu’est Jésus, nous recevons la plaine vie qu’il nous offre.

Enfin, pour nous très concrètement que cela veut-il-dire ?  Débordons-nous de la lumière et de la vie de Jésus ? Vivons-nous la vie d’amour abondante que Jésus nous a si généreusement offerte ? Aujourd’hui, que ce soit dans notre vie en communauté, en famille, dans les relations sociales ou dans le secret de nos vies, le Christ ne nous demande pas de prouver son existence, mais de le laisser nous accompagner.

Que cette Eucharistie ne soit pas un rite de mémoire, mais une rencontre réelle avec Celui qui nous a rachetés pour faire de nous, à notre tour, des témoins de la Vie.

Amen.

sœur Julian

[1] Certains disent : fides quaerens intellectum c’est-à-dire : la foi qui cherche à comprendre.
[2] 1 P 1, 17-21.
[3] Dans : J. Leclercq, L’homme, son œuvre et ses amis, Paris, Casterman, 1961, pp. 70-71.
[4] P. Claudel, « Magnificat » (Chant de Louange à Dieu), 1907 ; dans : 3ème des Cinq Grands Odes, 2010, p. 83.

Lectures : Ac 2, 42-47 ; 1 P 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31

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