Frères et sœurs, avec vous, je voudrais réfléchir sur l’Ascension vue d’en haut et vue d’en bas !
En effet, chaque année, je ne peux m’empêcher de m’imaginer la joie du Père accueillant son Fils, sorte de « retrouvailles » même s’ils n’ont jamais été séparés. Et j’ai découvert avec joie que s. Léon a également envisagé l’Ascension de cette manière, vue d’en haut. Il écrit : « Ce n’est pas la nuée qui reçut le Christ, c’est le Père qui reprit son Fils : allant pour ainsi dire au-devant de lui par son amour paternel, il le serre tendrement sur son cœur pendant qu’il monte[1]. »
D’en bas, du côté des disciples, c’est plutôt la stupeur avec sans doute un brin de tristesse, même si Jésus les avait longuement prévenus : Il disparaît à leurs yeux. Ce repas qu’ils étaient en train de partager se révèle le dernier… en présence corporelle, visuelle. Car chaque dimanche, à chaque eucharistie, le Ressuscité est présent au milieu de nous, par sa Parole proclamée, et le pain rompu. Les disciples doivent faire le deuil de ce compagnonnage humain qui a duré environ trois ans. Ils entrent dans le temps de la foi, qui est encore le nôtre aujourd’hui.
Mais cette fête est pour nous grande joie car elle nous ouvre une extraordinaire espérance. Jésus monte au ciel. Il est Dieu, cela ne nous surprend guère. Mais n’oublions pas qu’il y monte avec son corps, portant même la marque des clous et du coup de lance. C’est l’un de nous qui monte au ciel. Certes, il est pleinement Dieu, mais n’oublions pas qu’il s’est fait pleinement homme. L’oraison, la prière d’ouverture, nous le disait : « Le Christ nous introduit déjà auprès de toi, nous, les membres du corps dont il est la tête, appelés à vivre en espérance dans la gloire où il nous a précédés ! » Voilà donc vers quoi nous marchons.
La préface (1ière) l’exprime également : « Sans quitter notre condition humaine, le premier (cela signifie qu’il y en aura d’autres), il entre au ciel … il donne aux membres du Corps l’espérance de le rejoindre un jour. » De même dans la prière après la communion : « Mets en nos cœurs un grand désir d’être unis au Christ en qui notre nature humaine est déjà près de toi. »
L’Ascension n’est donc pas le « happy end » d’une belle histoire, ni un retour à la case départ. L’Ascension nous concerne, elle nous indique ce à quoi nous sommes appelés, ce à quoi nous sommes destinés par Dieu, par pure grâce, par amour gratuit et non à cause de mérites. Nous ne faisons pas le poids face à un tel Don !
Dans la 2e lecture, saint Paul, à sa manière, exprime pour la communauté d’Éphèse, cette espérance que nous célébrons particulièrement aujourd’hui. « Que [l’esprit de sagesse donné par le Père] ouvre à sa lumière votre cœur, pour que vous sachiez quelle espérance vous ouvre son appel (par nous-même nous n’oserions même pas l’imaginer), la gloire sans prix de l’héritage que vous partagez avec les fidèles… » Et saint Paul explique que la force, l’énergie, que Dieu a déployée pour ressusciter Jésus d’entre les morts et l’asseoir à sa droite dans les cieux, il la déploie également pour nous ! On a bien besoin de toute une vie pour commencer à mesurer la grandeur de l’amour de Dieu pour nous, peser le poids de ces textes.
Reprenons une fois encore la vue « d’en haut ». La mission du Fils – Incarnation et Mystère Pascal – est achevée. Nous avons célébré la Nativité, la naissance du Verbe fait chair, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous (cf. Mt 1, 23, citant la prophétie d’Isaïe). L’évangile proclamé ce jour se termine par cette promesse de Jésus : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Ce sont les derniers mots de l’évangile selon saint Matthieu. Magnifique inclusion entre le début et la fin de l’évangile. Jésus est Dieu-avec-nous jusqu’à la fin des temps ! La mission est achevée, mais pas terminée. Elle est entrée dans sa plénitude.
Et vu d’en bas ? Dans ce même passage évangélique, nous avons entendu Jésus envoyer ses disciples en mission : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les… » Cette mission est la nôtre. Il ne s’agit pas de chercher des adeptes à qui donner une carte de club. Notre mission est de poursuivre celle de Jésus, de proclamer la Bonne Nouvelle, de donner à tous l’occasion de découvrir Jésus Christ, d’accueillir le Don de Dieu pour eux, de déjà Vivre de la Vie même de Dieu par le Baptême. Alors ils vivront eux aussi en espérance dans la gloire où Jésus Christ nous a précédés et nous a introduits auprès du Père.
Ne restons donc pas « le nez en l’air et les cheveux aux vent », comme dit la chanson. Allons, vers nos frères et sœurs, comme Jésus nous y invite. C’est là que nous le reverrons quand il « viendra de la même manière que [les disciples l’ont] vu s’en aller vers le ciel. »
Bonne fête !
sœur Annick
[1] CEF, Missel du Dimanche, Mame, 2021, p. 979
Lectures : Ac 1, 1-11; Ep 1, 17-23; Mt 28, 16-20
