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On peut maintenant se demander pourquoi on a mis tout cela par écrit et pourquoi encore raconter cela aujourd’hui ?
Posons la question : avec la Pentecôte de quoi s’agit-il ? Un de ceux qui ont bien compris l’enjeu chrétien, c’est Paul, saint Paul. Pour lui, ce qui importe, c’est que l’Évangile passe aux païens. Sinon, ce qui est né de Jésus va se ramener à une secte juive. En cela, il est fidèle à Jésus. Aux yeux de ce dernier, ce qu’il dit et ce qu’il fait est un Évangile pour tous parce que l’Évangile est l’Évangile de Dieu. Ce n’est pas un message religieux particulier, destiné à un groupe particulier. A lire un récit évangélique, on se rend vite compte en effet que ce qui importe à Jésus est fondamentalement le soin de l’humain, de tout l’humain : comment être et rester un vivant ; comment rester humain ? Non au sens de la publicité mais comment porter la condition humaine ?

Et si nous regardons notre propre expérience, nous voyons que nous croyons à l’Évangile parce qu’il est non pas l’affaire des chrétiens mais bien une parole pour tous, une parole qui peut porter le monde vers son avenir. Il est bien question de cela à la Pentecôte : que l’Évangile passe aux païens, qu’il soit pour tous. C’est sans doute un des aspects sous lequel la fête de la Pentecôte peut être regardée. Pas le seul.

Mais il ne faut pas se dissimuler que ce passage implique une transmission et une traduction dans la langue de l’autre. Ce qui nous est raconté : les langues de feu, les gens qui se comprennent entre eux, le bruit insolite montrent un déplacement, un débordement, un écart véritable. Et donc, le passage aux païens est vraiment de la nouveauté qui survient. Ce n’est pas quelconque, c’est le vin nouveau dans des outres neuves. Serait-ce l’œuvre du Saint-Esprit ?

En même temps ce qui est en jeu, c’est se rencontrer, aller au-delà de ce qui sépare et oppose. C’est le dépassement des frontières, des clôtures, pour s’entendre. Après tout, les langues ne sont pas faites pour se crier de dessus, mais pour se parler…

Mais, c’est vrai, il va falloir mettre le feu à sa propre langue afin qu’elle laisse passer, donne place et transmette de la réconciliation. Qu’il y ait une Bonne Nouvelle dans le monde ! Ce n’est pas détruire. À quoi bon ! C’est passer par le feu.

Ainsi il ne suffit pas de répéter la langue biblique de l’Évangile pour qu’il passe vers les autres, les païens d’aujourd’hui. Il va falloir dépasser sa langue particulière et tout ce qui va avec : ses habitudes, ses plis, sortir (rappelons-nous l’expression du Pape François « une Église en sortie »). Cela ne veut pas du tout dire : adapter l’Évangile pour qu’il passe bien, soit aux goûts des gens, mais encourager les signes de vie et de croissance qui sont dans l’aujourd’hui. Je croisais dernièrement une jeune mère avec ses enfants, l’un dans la poussette et les deux autres autour d’elle. Je me disais : quelle foi ne lui faut-il pas pour avancer vers l’avenir ?

Il y a des forces de destruction dans le monde, mais il y a aussi bien des signes de vie. L’Esprit saint est au travail. Il donne de l’inspiration, du souffle. Il fait germer des intuitions à suivre. Il encourage sur le chemin.

frère Hubert

Lectures : Ac 2, 1-11 ; 1 Co 12, 3b-7.12-13 ; Jn 20, 19-23

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