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J’ai toujours été interpellé par le fait que Dieu a choisi un meurtrier pour porter et transmettre les tables de la Loi qui disent «Tu ne tueras pas ».

En effet, Moïse, sous le coup d’une colère d’indignation, devant un égyptien qui frappait un hébreu, regarda à gauche, dans le passé de l’égyptien, regarda à droite dans le futur de l’égyptien, n’y perçut pas d’humanité et le tua. C’est là son erreur : se laisser envahir par une émotion si puissante qu’elle aveugle l’âme au point de ne plus voir le point d’humanité en l’autre d’où tout peut renaître. Le Christ réajustera le chemin en nous enseignant à aimer nos ennemis et saint Benoît élargira la parole : « Tu honoreras ton père et ta mère » en cet instrument du bon travail : «  Honorer tous les hommes. » C’est-à-dire, percevoir en chaque humain sa capacité d’aller à Dieu ou de revenir à Lui.

Mais qui est saint Benoît pour que Dieu le choisisse afin  d’organiser la vie cénobitique en Occident ? Là aussi on peut s’étonner que Dieu aille chercher un homme qui, dans sa première intuition, a opté pour la vie solitaire : Lui qui réglera avec précision les horaires des offices, la distribution des psaumes selon les temps liturgiques est d’abord un homme qui est tellement abîmé dans la solitude et en Dieu qu’il ne sait même plus quand est le jour de Pâques( voir la visite du prêtre dans sa grotte dans la Vita). Lui qui sera si insistant sur l’obéissance de ses disciples fondera le début de sa vie monastique sur une fraude, puisque le moine Romain cache à son abbé le soutien qu’il apporte à Benoît dans sa vie solitaire.

Tout cela pour dire que l’important dans nos chemins spirituels, c’est l’expérience de Dieu qui nous touche au plus profond, y compris dans nos faux pas et fait évoluer nos pratiques et nos visions du réel.

Par cette évolution, Benoît nous a offert une voie du milieu, un équilibre entre, d’une part, une vie érémitique trop marquée où l’on ne bénéficie plus du travail fondamental de conversion que joue le frottement aux frères et l’aveuglement sur nos propres défauts assoupis avec nous dans un recueillement trop confortable et, d’autre part, une vie communautaire où l’activisme peut prendre le dessus et nous déconnecter de la source. Or tout, dans notre vie, doit trouver son sens dans l’expérience fondamentale du désert, c’est-à-dire de la rencontre profonde de Dieu.

Réalisons à nouveau le cadeau que nous offre notre spiritualité bénédictine : Nous conduire à l’Universel, la Présence de Dieu silencieuse et aimante, à travers le particulier (notre tradition, des rites, des pratiques, une vie commune) dans une voie du milieu, un chemin d’équilibre entre solitude et rencontres, travail et prière, lecture et intériorisation, car Tout est au-dedans et retourne au-Dedans. Bonne fête à tous.

frère Renaud

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