Les cultivateurs et les jardiniers se font souvent du souci pour leurs récoltes, et les conditions climatiques de cette année ne semblent pas très rassurantes – j’ai moi-même un petit potager que je n’ai pas pu arroser en étant absent une semaine, et c’est la pénurie à peu près totale… La création tout entière gémit, écrit St Paul aux chrétiens de Rome, et pourtant elle a gardé l’espérance, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule : nous aussi nous gémissons… mais nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint.
Telle est encore la base et la raison de notre espérance en ce 21e siècle : nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint. Et le premier rôle de l’Esprit Saint est de nous ouvrir à la Parole de Dieu pour qu’elle porte du fruit : Celui qui entend la Parole et la comprend, il porte du fruit à raison de cent ou soixante ou trente pour un. En fait, Jésus ne fait que développer ici ce qu’annonçait le prophète Isaïe : la pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir fécondé la terre – ainsi ma parole ne me reviendra pas sans résultat.
Nous voici placés entre deux sentiments : d’une part l’émerveillement devant le don qui nous est fait et la confiance de Dieu qui nous remet sa parole – d’autre part la responsabilité qui est la nôtre pour que cette parole de Dieu porte tous ses fruits.
Sans doute convient-il d’abord d’admirer et de nous réjouir de la confiance qui nous est faite. Ma parole qui sort de ma bouche ne me reviendra pas sans résultat… Et le psaume ajoute : Tu visites la terre et tu l’abreuves, Seigneur, tu la combles de richesses…
Ce temps de l’été n’est-il pas spécialement favorable pour admirer d’abord les merveilles de
la création ? La nature nous est donnée bien sûr pour y trouver la nourriture, mais aussi la beauté, le ressourcement, la paix… En nous émerveillant, prenons soin de la création et rendons grâce à son auteur. Pensons aussi aux responsabilités qui sont les nôtres pour l’entretenir et lui permettre de porter ses fruits et ses splendeurs.
De même, la Parole de Dieu est un trésor à la fois de sagesse humaine et d’interpellation divine. Je me demande parfois si trop de chrétiens ne sont pas comme ces descendants de riches propriétaires qui ignorent les trésors enfouis dans leurs caves ou perdus dans les greniers… Cultivons l’intérêt et la passion pour la lecture et la compréhension de la Bible – c’est ce qu’on propose ici au monastère mais aussi dans les paroisses avec les groupes de lectio divina ou autres. Il est certes utile de se former à l’étude de l’Ecriture Sainte, mais c’est surtout dans le but de mieux saisir son impact pour notre vie.
A chacun de s’interroger : qu’est-ce que je fais de ce don sacré de la Parole de Dieu qui m’est offerte ? Trouve-t-elle dans ma vie un sol fertile et une terre bien nourrie, ou bien est-elle étouffée par les soucis du monde et la séduction de la richesse, comme le dit Jésus ?…
Ce n’est pas sans raison que le concile Vatican II a revu le contenu des livres liturgiques pour que la messe offre aux chrétiens une approche et une connaissance plus large des richesses de la Bible. Soyons-en reconnaissants, et rendons grâce à Dieu pour sa Parole qui ne s’éteint jamais, pour l’Esprit Saint que nous avons commencé à recevoir, pour sa Parole vivante qui nous est donnée corps et sang dans l’eucharistie, et pour les frères et sœurs qui lui permettent de porter tous ses fruits dans notre vie.
abbé René Rouschop
Lectures : Is 55, 10-11 ; Rm 8, 18-23 ; Mt 13, 1-23
