Remacle

Pour un jour de fête, les lectures de ce jour semblent bien dures, surtout l’évangile. Serions-nous face à un texte du code de droit canonique ? Avec l’actualité récente, on risque de réagir en disant : qu’est-ce que c’est que l’Église qui juge, qui rejette d’autres chrétiens, où est la charité… !?

Regardons-y de plus près, en nous appuyant sur la Règle de saint Benoît (RB 23-28) qui s’en inspire. En la fête de st Remacle, lointain fondateur de notre communauté, cela fait sens.

Ce passage de l’évangile concerne un péché qui met en danger la marche de la communauté et son unité. Même si notre texte dit « Si ton frère a commis un péché contre toi », ce « contre toi » n’est pas dans tous les manuscrits. Les cas de fautes dans la vie quotidienne entre frères et sœurs sera traité dimanche prochain. Donc ici, il y va de la vie de la communauté.
Tout d’abord, il faut aller trouver le frère et lui parler seul à seul, pour ne pas l’humilier car dans la mentalité juive de l’époque, humilier en public équivaut à répandre le sang ! S’il écoute, il reviendra à la vie en communion avec tous. « Tu auras gagné ton frère ».

S’il n’écoute pas, on n’abandonne pas la personne, le dialogue. Il faut le rencontrer à plusieurs, avec un ou deux témoins selon la coutume juive. La Règle prévoit d’envoyer des anciens, des sages, pour soutenir le frère, l’éclairer, l’inviter à se corriger, se convertir. Saint Benoît insiste, l’abbé doit agir comme un médecin, il doit prendre soin de ce frère. Il n’est pas mauvais, il est « malade » dans sa relation à la communauté. « Il faut redoubler de charité envers lui » indique la règle et « tous prieront à son intention ».

À l’image du Christ bon pasteur, l’abbé utilise tous les moyens pour ramener la brebis égarée : la parole fraternelle (la sienne et celle de quelques sages anciens), les Saintes Écritures, l’éloignement temporaire, sa prière et celle de tous les frères.
Mais si malgré ce long processus la situation reste bloquée, que le frère s’obstine, alors et alors seulement, « l’abbé prendra le fer qui retranche ». Ce qui est une décision coûteuse à prendre, pénible pour l’abbé et pour tous.
Nous retrouvons dans notre évangile le dialogue et le long cheminement : parler seul à seul, puis à plusieurs, enfin en Église (Église « ecclesia » traduction en grec d’un terme hébreu « Qahal » qui désigne l’assemblée convoquée dans le désert) donc en assemblée convoquée par le Christ, avec la prière et finalement la séparation.

Couper oui, pour protéger la communauté. Mais sans cesser d’aimer et de prier. En effet, Matthieu dit de le considérer « comme un païen et un publicain ». Comme il s’adresse à des chrétiens d’origine juive, cela représente ce qu’il y a de plus éloigné, de plus séparé. Mais n’oublions pas l’attitude de Jésus envers les publicains. Matthieu lui-même peut en témoigner ! Même chose pour les païens. Jésus n’a-t-il pas envoyé les siens annoncer la Bonne Nouvelle aux nations, donc aux païens.
Saint Paul dans sa lettre aux romains nous le rappelle : « N’ayez aucune dette envers personne, sauf celle de l’amour mutuel », « le plein accomplissement de la Loi, c’est l’amour ».

Ne cessons d’aimer ceux qui sont excommuniés, sans déconsidérer l’importance de la faute, mais prions pour eux.
« Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » dit Jésus, nous assurant que son Père écoute nos demandes. Jésus ou saint Matthieu s’appuie ici sur un adage juif : « Quand deux personnes sont assises et qu’il y a entre elles les paroles de la Torah, la présence divine (shékina) repose sur elles » (Pirqué avot 3, 3. Cf. Vetus Syra p. 85). Jésus est la Parole de Dieu, il est présent quand est proclamé l’évangile et quand nous nous réunissons et prions en son nom.

sœur Annick

Lectures : Ez 33, 7-9 ; Rm 13, 8-10 ; Mt 18, 15-20

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