L’histoire que nous venons d’entendre est, dans l’évangile de St Mathieu, la troisième des paraboles adressées aux grands-prêtres et anciens du peuple juif, après celle des deux fils et celle des vignerons infidèles. Elles tournent autour du thème du Royaume des Cieux, qui est central dans la prédication de Jésus. L’image d’un grand festin sur la montagne est fréquente dans la tradition prophétique pour évoquer la destination finale du peuple de Dieu et soutenir son espérance. Nous l’avons entendu en première lecture quand Isaïe imagine un grand festin de viandes succulentes et de vins décantés, sur la montagne où Dieu fait disparaître la mort pour toujours et essuie les larmes sur tous les visages. Cela faisait rêver en ce temps-là, et encore en ce 21è siècle où les guerres et les violences sont loin d’avoir disparu…
L’aspiration à la justice pour tous reste une espérance forte – nous l’avons encore ressenti dans les événements de cette semaine à Liège et ailleurs, mais elle est encore trop souvent déçue. Certains spécialistes de la Bible considèrent d’ailleurs que le vêtement de noces, qu’il faut revêtir pour participer au banquet de la parabole, représente la justice : être revêtu de justice ou de justesse pour entrer dans le Royaume de Dieu… c’est une interprétation qui me paraît intéressante… Quoi qu’il en soit, il est clair que ce discours de Jésus concerne d’abord la situation des premières communautés chrétiennes dans la Palestine du premier siècle : c’est dans ce contexte que s’est élaboré le premier évangile, et c’est leur situation qui sert d’arrière-plan à la parabole. Les serviteurs qui ont été maltraités et tués représentent les prophètes rejetés par les chefs du peuple, et l’incendie de la ville serait une allusion à la ville de Jérusalem qui venait d’être détruite par les Romains…
La bonne nouvelle, c’est que le roi – le Seigneur Dieu – ne se décourage pas, et il relance ses serviteurs – les disciples du Christ – pour inviter au banquet de noces tous ceux qu’ils trouvent, les mauvais comme les bons. Ces convives qui remplissent la salle du repas montrent que l’eucharistie n’est pas réservée à des parfaits ni à des personnes exceptionnelles. Tout le monde a sa place dans l’Eglise, les païens comme les Juifs, les pécheurs comme les apôtres… C’est l’image du nouveau peuple de Dieu, ouvert à tous.
Mais à une condition cependant : accueillir vraiment l’invitation et correspondre un tant soit peu à l’offre de Dieu. Ce qui nous ramène à la question du vêtement de noce, interprété souvent comme le vêtement blanc du baptême, ou encore comme le manteau de la miséricorde de Dieu – ce qui ne se contredit évidemment pas ! St Paul quant à lui dira qu’il faut « revêtir le Christ ». Autrement dit, pour être chrétien, il ne suffit pas d’avoir son nom inscrit dans le registre des baptêmes : il faut accueillir l’amour de Dieu et le laisser passer d’ une manière ou d’une autre dans notre vie…
Ainsi Matthieu conclut son récit de manière un peu abrupte : beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. L’objectif n’est pas de nous effrayer, mais de nous rappeler l’importance du don que nous avons reçu, la responsabilité que nous avons de l’entretenir pour qu’il porte ses fruits, et la liberté d’y répondre qui reste la décision de chacun.
Prenons quelques instants pour y réfléchir, et pour nous interroger sur les conséquences dans notre vie de la profession de foi que nous allons proclamer. Et puis nous rendrons grâce au Seigneur de nous avoir invités à son repas…
abbé René Rouschop
Lectures : Is 25, 6-10a ; Ph 4, 12-14.19-20 ; Mt 22, 1-14
