L’évangile de ce jour nous est bien connu par sa phrase devenue un dicton : « Rendez à César ce qui est à César » ! Mais si nous creusons un peu plus, nous ferons de bonnes découvertes.
Nous sommes au chapitre 22 de l’évangile selon saint Matthieu, ça commence à sentir le roussi pour Jésus. Nous voyons ce dimanche des pharisiens qui cherchent à le « piéger ». Leur question n’est pas neutre, ni sincère, ils veulent l’attraper ! De plus, ils s’associent dans leur démarche avec des membres d’un autre groupe dont ils ne sont pas amis : les Hérodiens. Sans le citer, Matthieu a sans doute en tête le début du psaume 2 : « Les grands se liguent entre eux contre le Seigneur et son messie » !
Ils s’approchent avec un respect feint, disant à Jésus qu’il enseigne le chemin de Dieu en vérité (on peut comprendre la Loi) et en ajoutant que « ce n’est pas selon l’apparence [qu’il] considère les gens ». Cette expression se trouve dans le Deutéronome (10, 17) à propos de Dieu lui-même. Je ne sais si les pharisiens l’ont dit ainsi, mais l’évangéliste, lui, nous fait un clin d’œil. Jésus est Dieu, il est impartial, il ne fait pas acception de personnes. Mais Jésus va leur retourner cette affirmation en dénonçant leur hypocrise. Eux ne sont pas droits.
La question posée à Jésus n’est pas : faut-il payer l’impôt aux Romains ? Il faut dire qu’il s’agit ici de l’impôt infâmant, signe de leur sujétion à Rome, pas une simple taxe. Cet impôt leur rappelle qu’ils ne sont rien même s’ils vivent dans leur pays, ils n’en sont plus les sujets. Mais la question ici est religieuse : « Est-il permis, sous-entendu, selon la Loi, donc selon Dieu, de payer l’impôt ? » Le piège est qu’ils pensent le coincer dans un dilemme qui en réalité n’est pas que religieux. S’il dit qu’il n’est pas permis de le payer, il incite à la rébellion politique. S’il répond qu’il est permis de le payer, il se compromet avec le pouvoir idolâtre. Et c’est là, en demandant à voir une pièce de l’impôt que Jésus va désamorcer le débat et conduire plus loin.
Sur les pièces de l’impôt est représenté le buste de l’empereur. Ceci est interdit par la Loi juive par risque de déification. Sur les monnaies courantes, à cause de cette sensibilité juive, il n’y a pas d’effigie. Mais sur la monnaie de l’impôt, oui, et avec une inscription qui enfonce le clou de l’idolâtrie : « Tibère César, fils du divin Auguste, Auguste ». Le Père Claude Tassin fait remarquer « selon l’humour du récit [la pièce impie] semble sortir de la poche des pharisiens, si fidèles aux interdits de la loi divine »[1] !
Jésus répond : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Il s’agit de distinguer sans séparer. Jésus déplace le problème. L’homme est effigie de Dieu (cf. Gn 1, 27). « Rendez donc à César ce qui relève de son domaine, mais … ne lui donnez pas ce qui, en vous, n’appartient qu’à Dieu. » (Cl. Tassin) C’est là qu’il faut faire la distinction. Et nous avons notre repère dans la première lecture : « Je suis le Seigneur, il n’y a rien en dehors de moi » (2x). Tout appartient à Dieu, à nous de gérer ce qu’il nous a confié en l’ordonnant à Lui.
Il me semble que nous retrouvons là la dynamique de l’encyclique Magnifique humanité (que nous avons travaillée la semaine passée lors de la journée théologique). Le pape Léon XIV nous a donné des repères pour vivre dans notre monde avec sa beauté et ses bouleversements inquiétants, en ordonnant tout à Dieu, à son projet pour la magnifique humanité qu’il a créée. Si nous le faisons, Dieu pourra se réjouir, comme saint Paul dans la 2e lecture, de voir notre foi active, que notre charité se donne de la peine et que notre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Lui, Dieu notre Père.
[1] Cl. Tassin, J. Hervieux, H. Cousin, A. Marchadour, les évangiles, textes et commentaires, Bayard, Paris, 2001, p. 228.
soeur Annick
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