05042026

Nous voici comme Marie-Madeleine devant le tombeau vide : c’était encore les ténèbres. C’est encore aujourd’hui les ténèbres de l’incroyance, de la perversité et du vice (comme l’écrit Paul aux chrétiens de Corinthe), de la guerre en de trop nombreux pays… La première des amis de Jésus à se rendre au tombeau est une femme : nouvelle surprenante quand on connaît la condition des femmes qui à l’époque étaient au dernier rang – et peut-être encore aujourd’hui : là aussi l’évangile nous montre que les derniers deviennent les premiers…

Elle court trouver Simon-Pierre et le disciple que Jésus aimait. Face aux difficultés de la foi en Jésus ressuscité, il est nécessaire de ne pas être seul. Nous avons besoin comme Marie Madeleine du soutien de la famille, des amis, de la messe du dimanche, de groupes de prière ou de partage de la Parole, en un mot : de l’Eglise. Si nous restons isolés, il est très difficile de vivre dans la foi et l’espérance. Le récit de la résurrection nous rappelle cette réalité fondamentale qu’on pourrait résumer simplement en disant qu’on ne peut jamais être chrétien tout seul.

En voyant les linges posés à plat et le suaire qui avait enveloppé la tête de Jésus, Pierre semble interloqué, mais le récit nous dit que l’autre disciple, qui était arrivé le premier au tombeau, lui il vit et il crut. Pour croire, nous avons besoin de voir.

Non pas le tombeau vide. Non pas des phénomènes extraordinaires. Bien sûr, l’histoire des communautés chrétiennes en connaît un certain nombre, répertoriés sous l’étiquette de ‘miracles’ – mais c’est surtout dans l’ordinaire de la vie que nous avons besoin de voir, non pas les linges et le suaire, mais les signes de la présence et de l’action du Christ ressuscité. Des signes qu’il faut savoir interpréter, et là encore nous avons besoin les uns des autres.

Là où Jésus de Nazareth passait, il faisait le bien et guérissait, raconte Pierre à l’officier romain qui l’interroge sur ce qui motive son action. Aujourd’hui comme en ce temps-là, pour croire, nous avons besoin  de voir que les disciples de Jésus font le bien là où ils passent et qu’ils guérissent les gens et le monde de leurs blessures. Un programme, faut-il le dire, qui n’est jamais achevé mais qui doit sans cesse nous stimuler à faire le bien et à guérir.

Jusque là, nous dit encore le récit de St Jean, les disciples n’avaient pas compris que selon l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Pour croire, nous avons besoin de comprendre. Et de comprendre, comme les disciples, « selon l’Ecriture »… En ce temps-là, ils ont en effet trouvé dans les Ecritures, et notamment dans les psaumes, des paroles discrètes mais significatives pour éclairer les événements et en élargir le sens. Ainsi le psaume 117, que nous venons de chanter : la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, merveille devant nos yeux… Et si les premiers disciples ont cherché dans l’Ecriture Sainte une lumière pour comprendre ce qu’ils vivaient, à plus forte raison avons-nous également besoin de cette lumière, nous qui sommes aujourd’hui à distance des événements fondateurs de la foi.

Enfin, je relève dans la lettre de Paul l’invitation à célébrer la fête avec le pain de la Pâque, celui de la droiture et de la vérité. Une allusion à peine voilée à l’eucharistie que nous célébrons, mais aussi un appel à vivre en conformité avec ce qu’elle signifie : la présence du Seigneur ressuscité dans le pain partagé et dans une communauté fraternelle et sincère.

Soyons heureux de pouvoir nous rassembler dans la joie de Pâques – ce n’est pas possible partout dans le monde -, soyons heureux de voir aujourd’hui les signes de la présence du Ressuscité là où se fait le bien et la guérison des maladies personnelles et sociales, soyons heureux de pouvoir nourrir notre foi à l’écoute des Ecritures et dans le partage du pain de l’eucharistie. Alors, à notre tour, comme les premiers disciples, nous serons les témoins choisis par Dieu…

abbé René Rouschop

Lectures : : Ac 10, 34a.37-43 ; Col 3, 1-4 ; Jn 20, 1-9

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