21122025

Pendant cette période de l’Avent avez-vous peut-être assisté à l’un ou l’autre concert ou des chants de Noel ? Avez-vous remarqué que la plupart de nos cantiques parlent de la Vierge et de  l’enfant, de Marie et Jésus – mais pas du père adoptif ?

À trois jours de la fête de Noël, nous sommes devant un paradoxe. Nous attendons un enfant dans la lumière, mais l’Évangile nous plonge dans la nuit d’un homme : Joseph, l’homme juste et humble, le charpentier de Nazareth. Avez-vous remarqué que Joseph est le seul personnage de l’Évangile qui ne prononce pas un mot, mais toute sa vie est une réponse à Dieu. Une paternité qui s’efface mais y en a-t-il une autre possibilité ?

Une paternité qui s’efface mais y en a-t-il une autre possibilité ici sur terre et qui soit vraie parce qu’elle donne à l’enfant de grandir en vérité, seul et pleinement autonome ? Et un amour qui s’efface mais existe-t-il un autre amour ici-bas qui permette à des amants d’atteindre toute leur mesure, que l’amour qui finit par s’incliner devant l’autre et par adorer la profondeur de Dieu qui habite en lui ?

Regardons un peu plus prêt :

Pour Joseph, l’annonce de Marie est une épreuve brisant tous ses préparations et joyeuses anticipations de la fête du mariage.  Ce que le Prophète Isaïe annonçait jadis se réalise aujourd’hui,  «  Voici que la Vierge est enceinte ». (Is 7, 10-16)

Une vierge, comment c’est possible ?

Joseph, son fiancé, est confronté à l’impossible (en passant, nous sommes aussi souvent confronté à ce qui semble impossible…): Marie est enceinte. La Torah, c’est-à-dire la Loi  lui permettait de la dénoncer. Mais Joseph habite une justice supérieure : celle de la Miséricorde (et qui dépasse celle de la légalité pure).

Comme le psalmiste nous chante: « Qui peut gravir la montagne du Seigneur ? L’homme au cœur pur, aux mains innocentes qui ne livre pas son âme aux idoles.» Joseph est cet homme. Il choisit de se retirer en secret, c’est alors que Dieu lui parle, dans un songe.

Je ouvre ici une parenthèse car il y a ici un lien entre le premier et le deuxième Testament: Joseph, le mari de Marie, nous rappelle le Joseph de la Genèse, le fils de Jacob, lui aussi  «maître des songes». Là où le premier Joseph sauve sa famille de la famine en Égypte, le second sauve le Sauveur du monde en l’accueillant chez lui.

Et l’Ange, lui dit : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie. » (Mt 1, 20). C’est cela le cœur du message biblique car l’obéissance n’est pas une soumission aveugle mais c’est plutôt une hospitalité et un accueil. Joseph, le père adoptif, fait de sa vie toute entière une demeure pour Celui qui est l’Emmanuel, « Dieu-avec-nous » annoncé déjà par le prophète Isaïe.

Dans notre monde blessé par les guerres et les injustices pendant cette année écoulée, le venue de Noël n’est pas une émotion passagère. C’est un événement qui se revive à chaque instant  pour se manifester encore aujourd’hui tout proche de nous. Joseph décide d’accueillir Marie avec l’enfant. Et pour nous concrètement, que cela veut dire ?

Chers frères et sœurs, je pense que Joseph nous enseigne aujourd’hui trois choses :

  1. Le Silence comme Espace : Le silence de Joseph n’est pas vide, il est rempli de la présence de Dieu. Savons-nous encore nous taire pour laisser Dieu parler ?
  2. L’Obéissance comme Action : À son réveil, Joseph « fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit ». Il n’y a pas de discours, il y a des actes. La foi implique un verbe d’action. Notons bien : L’ange ne lui promet pas une vie facile. Il ne lui dit pas : « Tout ira bien. » Il lui dit simplement :  « Fais-moi confiance. » Et Joseph se réveille…… et il obéit. Sans poser de question.
  3. L’Espérance contre toute espérance : La naissance est comme un homme dans un état qui n’a jamais cessé d’être…. Dieu cherche des cœurs comme celui de Joseph, capable de transformer et d’accueillir. (En accueillant l’enfant, il permet à la lignée de David de rejoindre la promesse de Dieu.)

Enfin, je pense que cette année encore, Dieu a hâte de revenir sur terre. Son fils doit naître à nouveau parmi nous. Et son point d’ancrage, doit être la plénitude d’amour : un foyer où l’amour se donne et se partage, en plein respect, en douceur humble et fidèle, en effacement les uns devant les autres, en pardon inlassable et sans retour. C’est cela le chemin de l’Église ; et si c’était aussi la promesse pour chacune de nos communautés chrétiennes ?

Amen.

sœur Julian

Lectures : Is 7, 10-16 ; Rm 1, 1-7 ; Mt 1, 18

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