Cette grande lumière qui s’est levée, l’évangéliste nous l’annonce clairement : c’est Jésus de Nazareth. Dès le début de l’année liturgique nous sommes invités à tourner résolument notre regard vers Lui. Après l’expérience de son baptême et les 40 jours au désert, une grande lumière l’habite et le porte. Et s’il vient à Capharnaüm, ville cosmopolite située en Galilée, le carrefour des nations, c’est pour nous dire la portée universelle de sa mission. Il est la lumière qui vient pour éclairer toute l’humanité.
Le Royaume est en marche avec Jésus qui s’avance. Le règne de Dieu se donne à voir en Lui. Mais nous ne cheminons pas dans la vision, sauf très exceptionnellement, nous cheminons dans l’écoute de sa Parole. Le fondement de toute la Bible c’est le fait que Dieu parle et que le Peuple écoute. C’est dans l’écoute que peut se produire la rencontre avec la lumière qu’est la Parole de Dieu, vécue et annoncée par Jésus. C’est pour nous rappeler cette vérité que le pape François a institué ce troisième dimanche de l’année comme « dimanche de la Parole ».
Et que nous dit Jésus dans sa première prise de parole, dans sa première proclamation selon l’évangile de Matthieu que nous venons d’entendre : « Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est tout proche. » Dans la bouche de Jésus cet appel est différent de celui de Jean-Baptiste qui appelait aussi à la conversion. Ici c’est un appel à suivre Jésus car c’est la compagnie de Jésus et son intimité qui nous convertissent. Ce qui peut changer notre cœur c’est la rencontre avec le Christ au point de pouvoir dire avec le psalmiste : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, le Seigneur est le rempart de ma vie ». C’est la lumière de sa parole et de sa présence qui nous transfigure peu à peu.
Alors, ce n’est pas par hasard qu’immédiatement après on nous raconte l’appel des quatre premiers disciples. C’est un exemple qui nous montre que se convertir cela signifie se décider à suivre résolument Jésus, à mettre nos pas dans les siens.
Le premier acte de Jésus en commençant sa mission est de constituer une petite communauté qui l’accompagnera. Aujourd’hui comme hier, Jésus cherche des collaborateurs pour réaliser son œuvre et travailler au règne de Dieu. Jésus intervient de façon inattendue dans la vie de ces hommes. Ils suivent Jésus sans savoir ce que signifie cette rupture, sans savoir où cela les mènera. C’est une aventure qui commence. Il s’agit pour Pierre et André, Jacques et Jean d’une rencontre inattendue. Pourquoi ce jour ? Pourquoi eux ? Pourquoi à ce moment et dans ces circonstances ? Une telle rencontre peut encore advenir aujourd’hui pour chacun et chacune d’entre nous car c’est à tout moment que le Seigneur peut faire irruption dans notre vie. Et ce n’est pas un appel une fois pour toutes, il peut se renouveler à différentes étapes, selon les circonstances de l’existence.
Cette rencontre avec Jésus va bouleverser la vie de Pierre, André, Jacques et Jean puisqu’ils se voient confier une mission, comme elle a bouleversé saint Paul qui témoigne que le sens de toute sa vie est désormais d’annoncer l’évangile. Tous n’ont plus qu’un désir c’est que d’autres puissent faire cette même expérience, et rencontrer le Seigneur Jésus.
Aujourd’hui, nous pouvons nous demander : comment être missionnaires et où puiser la motivation et l’audace d’annoncer l’évangile ? Les premiers disciples nous répondent : dans la rencontre avec la personne du Christ. Seule la rencontre personnelle avec le Seigneur dans la prière, seule l’expérience de la vérité de sa Parole peut éveiller en nous le désir de la faire connaître, seule la joie d’être réunis en sa présence, comme ce matin, peut nous pousser à faire partager le bonheur de cette expérience, seule l’unité dans la diversité peut rendre contagieuse l’Église et d’abord nos communautés chrétiennes.
Un grand théologien, Yves Congar a écrit : « Chaque jour, le Christ m’appelle, chaque jour il m’empêche de m’arrêter : sa parole et son exemple m’arrachent à la tendance instinctive qui me retiendrait attacher à moi-même, à mes habitudes, à mon égoïsme. Tous les jours, je le prie qu’il ait pour moi la miséricorde de ne pas me laisser bien assis dans ma tranquillité. » C’est cela la conversion : chaque jour se lever et suivre Jésus en écoutant sa voix et nous laisser désinstaller par sa parole. Chaque jour, spécialement le dimanche, nous sommes appelés à nous ouvrir à la présence du Christ et de son évangile, pour nous convertir en vrais disciples de celui qui nous a appelé à collaborer à l’avènement de son Royaume de justice et de paix.
frère Bernard
Lectures : Is 8, 23b – 9, 3 ; 1 Co 1, 10-13.17 ; Mt 4, 12-23
