Chaque année, le second dimanche de carême, est proclamé l’évangile de la Transfiguration. La liturgie tient à nous rappeler cet évènement si important de la vie de Jésus pour nous encourager et illuminer notre marche de 40 jours, dans notre montée vers Pâques.
Mais avant cela la première lecture nous parle de la vocation d’Abraham lorsque le Seigneur lui dit : « Quitte ton pays, ta famille et la maison de ton père, et va dans le pays que je te montrerai ». Une traduction plus fidèle propose de préciser en ajoutant : « quitte pour toi », c’est à dire pour ton bien, pour ton bonheur. Si Dieu appelle l’homme c’est pour son bien. Dès le début de la Bible, Dieu se révèle comme celui qui veut que chacun et chacune puisse être pleinement lui-même, comme celui qui veut le bien de toute l’humanité. Au contraire d’Adam qui n’avait pas fait confiance en Dieu, Abraham crut en l’amour et en la Parole de Dieu et il se mit en route.
Le texte poursuit : « Je ferai de toi un grand peuple, je te bénirai. Par ton nom seront bénies toutes les familles de la terre ». Toute vocation dans la Bible a comme but d’être au service des autres et non d’un projet individuel. C’est le critère d’une vocation authentique. Le dessin de Dieu passe par Abraham pour le bénéfice de toute l’humanité. Depuis le début, toute l’histoire humaine sera la réalisation et l’accomplissement des promesses faites à Abraham, accomplissement lent et chaotique, mais sûr et certain.
Toute l’histoire sainte que nous raconte l’Ancien Testament, avec les grandes figures de Moises, d’Elie qui représentent ici la Loi et les prophètes, c’est l’histoire de cette lente pérégrination vers la réalisation des promesses, avec ses moments de doute et d’obscurité. Mais malgré toutes les infidélités du peuple d’Israel, plus tard celles des apôtres et aujourd’hui les nôtres, malgré toutes nos infidélités Dieu reste fidèle à son alliance et poursuit la réalisation de ses promesses. Et l’évangile de la Transfiguration nous révèle clairement que Dieu, en la personne de Jésus et de son enseignement vient accomplir la réalisation de ses promesses. Jésus est bien le Messie attendu qui nous révèle que le projet de Dieu est de nous transfigurer peu à peu, de jour comme de nuit, à travers les joies et les peines.
« En ce temps-là » dit l’évangile que nous venons d’entendre. Mais en réalité saint Matthieu a précisé : « six jours après ». Après quoi ? Après que Jésus eut annoncé sa passion, qu’il devait souffrir. L’annonce de la Passion est liée à la Transfiguration. Jésus est transfiguré alors qu’il vient d’accepter de monter à Jérusalem et d’aller jusqu’aux ultimes conséquences de sa mission, de souffrir sa passion et mourir. Et c’est à ce moment, lorsqu’il a dit OUI à sa mission, que Jésus reçoit de son Père la grâce de la transfiguration et la grâce d’être confirmé comme le Fils bien aimé.
C’est un enseignement fondamental pour nous aussi : nous recevrons la vie dans la mesure où nous la donnerons, dans la mesure où nous l’abandonnons à Dieu sans rien retenir pour nous-mêmes. « Celui qui donne sa vie la reçoit en retour en abondance » a dit Jésus.
« Celui-ci est mon Fils bien aimé… Écoutez-le ». C’est exactement la même parole proclamée par le Père lors du baptême de Jésus par Jean-Baptiste. Faites confiance à mon Fils en lui obéissant, en le suivant sur ce chemin qui conduit, par la croix, à la gloire éternelle. On comprend que cela nous soit redit car il nous est difficile d’accepter qu’il faille passer par là.
Au fond nous sommes dans la situation des disciples qui gravissaient la montagne de la Transfiguration. Nous non plus nous ne savons jusqu’où nous devrons aller. Nous aussi, tout au long de notre existence, nous vivons des moments de lumière où tout nous parait clair et évident. Puis, subitement, nous nous retrouvons dans l’obscurité d’une vie ordinaire avec Jésus seul, avec le Jésus de tous les jours. A l’heure de la croix et de l’épreuve, il est important de se souvenir alors des moments de lumière.
Nous aussi nous sommes en chemin vers Pâques, non seulement la Pâques qui tombe cette année le 5 avril, mais la pâque de notre propre mort et de notre résurrection. Comme les trois disciples, nous cheminons dans la nuée lumineuse avec la promesse de notre propre transfiguration, qui s’opère et se manifeste dans la mesure où nous nous ouvrons à la lumière et au feu de l’Amour divin. Parce que c’est l’amour qui transfigure et seulement lui, et l’amour peut tout transfigurer, chaque personne, chaque visage. Nous avons sans doute rencontré des visages déjà transfigurés par une vie intérieure intense. Nous avons tous au moins surpris un jour un visage subitement transfiguré par un moment de grand bonheur.
Jésus nous a sauvé, nous a rappelé saint Paul, dans la seconde lecture. Il nous a libéré de la mort parce qu’il nous a donné de communier à sa propre vie, à sa vie de ressuscité que rien ni personne ne peut détruire. C’est la promesse de Dieu, de toute éternité, que notre vie, si nous mettons en lui notre confiance, elle ne sera pas détruite mais transfigurée et que nous recevrons le don gratuit de la vie en plénitude.
Puisse cette eucharistie nous permette d’entrevoir un peu de cette lumière divine capable de transfigurer toute notre existence.
frère Bernard
Lectures : Gn 12, 1-4a ; 2 Tm 1, 8b-10 ; Mt 17, 1-9
