07062026

Chers frères et sœurs,

Cette solennité du saint sacrement du corps et du sang du Christ, nous donne l’occasion de poser notre regard sur cette pratique que nous vivons tous les dimanches : l’eucharistie.

Un rappel évident est qu’elle est composée d’une partie importante consacrée à l’écoute de ce que le Seigneur veut nous dire : la liturgie de la parole, et d’une autre partie tout aussi importante pendant laquelle le pain et le vin sont consacrés et ensuite partagés en communion à l’assemblée : la liturgie eucharistique.

La première lecture du Deutéronome nous donne les clefs de compréhension de l’enjeu de l’écoute de la Parole : il s’agit de se souvenir, de ne pas oublier et d’abord de réaliser que «  C’est lui qui… a fait cela dans ma vie. » Ici on fait référence à la Pâque : N’oublie pas que le Seigneur ton Dieu t’a fait sortir du Pays d’Egypte, de la maison d’esclavage. »

DAVAR, parole et événement. La sortie d’Egypte est un événement. Et quand les hébreux se retrouvent de l’autre côté de la mer, tout étonnés d’être sains et saufs, ils se posent la question : Mais qui nous a fait sortir ? C’est Moïse. Mais qui a suscité Moïse ? C’est Dieu. Il se préoccupe donc de nous, lui ne nous avait pas oubliés. Alors c’est la foi qui naît dans les cœurs, la confiance en Dieu retrouvée. Cela procure une si grande joie que Myriam, la sœur de Moïse prend son tambourin et chante la gloire du Seigneur et tout le monde célèbre une fête, Alors on se dit : il ne faut surtout pas oublier cela et on décide de faire cette fête chaque année pour faire mémoire et inscrire dans le temps cette grande joie. C’est la fête de Pâque et la naissance de la liturgie. Puis pour être sûr de ne pas oublier, on va l’écrire cette histoire de ce qui nous est arrivé avec Dieu, et prennent forme les Ecritures qui évoluent au fil des siècles, sont traduites en de multiples langues et arrivent dans notre église ou sur notre table de prière. Et nous faisons le chemin inverse, nous interprétons les textes pour nos vies, nous les questionnons, nous nourrissons de leur sens, les célébrons et sommes touchés par une parole de Dieu vivante pour aujourd’hui. Evénement de Dieu pour nous en ce jour.

Ce questionnement existentiel sur les textes devient comme la manne qui nous donne le dynamisme de nous diriger vers le Christ qui va nous conduire à la plénitude par l’offrande qu’il fait de lui-même dans l’eucharistie.  Nous avons reçu présence, parole, mais l’eucharistie va nous faire participer au mystère de l’Incarnation, passion et résurrection.

Un seul sang, un seul pain, communion au corps du Christ qui va nous incorporer dans la vie de Dieu et faire de nous un seul corps.

Mais cette réalité commence dans l’Evangile par une réaction de scandale. Et on peut comprendre : manger la chair de quelqu’un ? Après des siècles, la messe ne semble plus scandaliser grand monde. Pourtant dans les informations de ces dernières semaines, voilà qu’une polémique a fait rage. Et c’est le cas de le dire, car le problème en question est celui d’une dame qui avait partagé son hostie consacrée avec son chien. Les médias brandissaient déjà la sentence d’excommunication, alors que l’évêque suisse réagit plutôt avec compréhension expliquant que l’intention n’était nullement de profaner le corps du Christ, mais d’associer une créature de Dieu importante pour cette personne. L’intention était bonne, la manière ne l’était pas. L’éducation dans la foi sera plus efficace qu’une sévère sanction.

Si je vous partage cet exemple saugrenu, c’est que  E. Falque nous rappelle que l’animalité n’est pas totalement étrangère à notre propos. «  Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » Après l’écoute de la Parole, nous ne nous contentons pas de communier à sa présence par une méditation et une concentration intense sur la pensée du Christ, mais nous mangeons, assimilons et digérons son corps et son sang. En s’incarnant, Dieu a pris en charge cette part d’animalité qui est le fondement de notre être, cette matière concrète du corps du Christ et de notre corps : cellules, os, nerfs, viscères, gargouillis, pulsions et mouvements, tout cela est pris en charge pour nous donner d’assumer véritablement notre humanité, nous éviter de nous rêver au-dessus d’elle dans l’angélisme ou au- dessous d’elle, dans la bestialité. Le corps du Christ assume tout ce que nous sommes pour en faire l’humain véritable destiné et conduit par Lui dans le partage de la vie divine. Communier au corps et au sang du Christ, c’est assumer tout ce que nous sommes en lui et apprendre à habiter et à demeurer dans la Vie divine. Car l’eucharistie nous donne de vivre l’illumination du sens et des sens et la conversion de notre animalité, de notre corporéité et de notre acte de désirer pour ne plus faire qu’un avec lui et demeurer dans son amour. « Avec toi, je suis sans désir sur la terre » dit le psaume, car avec toi tout est porté vers le haut dans ta propre vie. Le tout de notre être trouve sa destination, sa destinée.

frère Renaud

Lectures : Dt 8, 2.-3.14b-16a ; 1 Co 10, 16-17 ; Jn 6, 51-58

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