Nous voyons en ce jour Jésus saisi de compassion envers les foules. Les nombreuses personnes qui le suivent lui apparaissent comme des brebis sans berger. Elles sont désemparées, abattues. Les temps sont durs, il y a beaucoup de violence, de pauvreté. Elles attendent beaucoup de Jésus, voient en lui un sauveur sans trop savoir qui il est vraiment. Jésus a de la compassion pour ces personnes en souffrance… encore aujourd’hui.
Alors, il s’adresse à ses disciples, tous ses disciples, donc à nous aussi. Il leur demande, nous demande, de prier. C’est la première chose que nous pouvons toujours faire, la première chose que nous pouvons offrir à ceux qui sont dans la peine. C’est simple… encore faut-il le faire. Mais la prière pour laquelle Jésus compte sur nous aujourd’hui, c’est de demander à Dieu, Maître de la moisson abondante, d’envoyer des ouvriers pour la moisson ! Donc il nous demande de prier pour les vocations. Au lieu de nous lamenter sur l’Église et ses manques, prions pour les vocations. Même si nous ne nous en rendons pas compte, la moisson est abondante. Alors prions, inlassablement, pour les vocations.
Ensuite Jésus appelle ses douze disciples, les douze Apôtres, ses messagers. Il y a donc une ébauche de structure dans ce qui deviendra l’Église. Qui sont-ils ? Matthieu, comme Marc et Luc, en donne la liste. Globalement, nous la connaissons, pour beaucoup depuis notre enfance. Tellement que ça roule tout seul quand on la lit, sans attirer notre attention. Et pourtant, il vaut la peine de s’y arrêter un peu, de prendre le temps de « donner chair » à cette énumération.
Simon, appelé Pierre. On connaît la phrase : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Église ! » Pierre n’est pas un théologien. Il est pêcheur, ainsi que son frère. Pierre intervient souvent dans les évangiles. Il semble impulsif, voire explosif. Une pierre, c’est solide. Pierre est le fondement de la construction de la communauté voulue par Jésus. Il a des moments de doute, mais aussi un réel attachement à Jésus. Il croit, reconnaît en Jésus le Christ mais refuse l’idée de la Passion de Jésus. Il est fougueux, prêt à marcher sur les eaux, mais coule quand il voit les flots se soulever, prêt à donner sa vie pour Jésus, mais prend peur quand son Maître est arrêté et le renie trois fois. Jésus l’a pourtant choisi et il lui apprend peu à peu, à devenir un vrai croyant, capable de raffermir ses frères dans l’épreuve. Bref, une belle figure, mais peut-être pas toujours facile à vivre !
André, frère de Simon-Pierre, fut disciple de Jean-Baptiste et a suivi Jésus quand son maître a désigné celui-ci comme l’Agneau de Dieu, nous rapporte saint Jean.
Jacques et Jean, fils de zébédée, sont aussi des pêcheurs. Jésus les a surnommés, « fils du tonnerre ». Cela indique leur personnalité bouillante ! On les voit en effet, en saint Luc, demander de faire tomber le feu du ciel. Ils aiment les solutions radicales ! Eux aussi doivent mettre du piment dans la vie de la communauté. Mais Jésus sait qu’il peut compter sur Pierre, Jacques et Jean. Il les prend avec lui lors de moments importants, comme pour les former plus particulièrement, leur faire dépasser leur côté radical afin qu’ils puissent un jour agir comme Jésus. Ils ont bien besoin de cours particuliers !
Je pointe aussi Thomas qui intervient assez bien dans l’évangile selon saint Jean. Son surnom est « Didyme » ce qui signifie jumeau. Invitation à nous reconnaître en lui, peut-être, et appel à devenir croyants à sa suite.
Matthieu, le publicain. Des évangélistes, il est le seul à indiquer qu’il fut publicain dans sa liste des Douze ! C’est sa particularité dans le groupe et il ne la gomme pas. Cela ne fut sans doute pas facile à porter comme étiquette. Malgré sa conversion, sa réponse immédiate à l’appel de Jésus, on peut imaginer que ses compagnons ont dû le lui rappeler plus d’une fois. Ils ont sans doute eu de la peine à l’accueillir comme un frère, à lui faire confiance. Jésus a de ces audaces ! En plus, il appelle aussi Simon, un zélote. Imaginez dans une même communauté un résistant et un collabo ! Il y a dû y avoir souvent des étincelles dans ce groupe des Douze !
Et en finale, Judas l’Iscariote, celui-là même qui le livra. Chaque évangéliste le souligne. Ils l’ont sur le cœur, semble-t-il. Il n’est pas né traitre, Jésus l’a appelé comme les autres, l’a aimé comme les autres.
Donc quand nous sommes déçus par des gens d’Église, n’oublions pas que les Douze n’étaient pas des saints dès le départ, des supers disciples. Ce sont des gens comme nous, comme on en trouve dans l’Église, dans les communautés, les paroisses, les familles. Il y a de tout, ça se frotte, ça coince par moments. Mais Jésus nous réunit, c’est Lui qui appelle chacun et nous apprend à aimer comme lui, à vivre ensemble dans la Paix, l’unité, la fraternité. Et leur mission, est de continuer celle de Jésus qu’on peut résumer par « donner la vie » de la part de Dieu. Et surtout, la donner gratuitement car nous sommes aimés comme nous sommes, nous avons tout reçu de Dieu, gratuitement.
sœur Annick
Lectures : Ex 19, 2-6a ; Rm 5, 6-11 ; Mt 9, 36 – 10, 8
