Commençons, ce dimanche, frères et sœurs, par nous laisser éclairer par Marc le moine : non pas notre bien aimé frère Marc qui ne manque pourtant pas de nous enseigner par ses exemples quotidiens et ses louanges matinales, mais Marc l’ascète, un moine du 4ème-5ème siècle. En lien avec la première lecture, il nous dit que le Seigneur se donne à nous d’abord par l’intermédiaire des commandements. « Dieu est caché dans ses commandements. Celui qui le cherche le trouve en les accomplissant. » Les commandements sont donc le cordage à agripper pour commencer notre montée vers Dieu. Cette ascension nous demande un effort, une volonté à mettre en route. Et cela se dessine par l’usage des verbes du psaume responsorial : marcher, garder, chercher, observer, s’affermir, et enfin contempler, comme lorsqu’on arrive au sommet d’une montagne et qu’au bout de la fatigue s’offrent à nous un paysage magnifique et l’émotion qui l’accompagne. Mais l’idée que Dieu est caché à l’intérieur du commandement, idée reprise par la seconde lecture nous précisant que la sagesse dont il est question n’est pas l’habileté des puissants qui pensent pouvoir tout contrôler par leurs propres forces, nous fait comprendre que cette sagesse de Dieu est réservée par amour depuis les origines à ceux qui s’ouvrent à Lui.
Accomplir les commandements, comme le fait Jésus, c’est entrer dans cet espace celé au-delà de l’écorce des préceptes, vivre une rencontre avec Dieu et non pas simplement mettre à exécution un ordre. Non pas simplement œuvrer, faire, mais entrer dans l’intimité du Seigneur qui se laisse ainsi connaître dans son agir, dans sa Parole et participer à l’universalité de sa vie.
Abolir serait limiter les commandements à leur extériorité et juger s’ils sont pertinents ou pas. Accomplir, c’est entrer dans une pratique qu’on ne comprend pas nécessairement entièrement, mais qui va nous faire vivre une expérience de Dieu. Nous découvrons alors qu’une injonction recouvre bien plus qu’elle n’en a l’air : ne pas commettre de meurtre, devient par la grâce de l’expérience : ne pas se mettre en colère, ne pas couper la parole, ne pas ignorer ou mépriser, ne pas insulter et positivement cela devient en Jésus aimer tous les humains. Ne pas commettre d’adultère n’est pas seulement un code social pour la paix des ménages, mais une école pour apprendre à refuser que ma convoitise fasse d’une personne un gibier affectif ou sexuel. Je découvre alors que la personne devant moi recèle aussi la présence du Christ, comme le commandement qui m’apprend à entrer en contact avec elle dans la justesse et la justice.
Marc le moine le disait encore à sa façon : « La lecture de la loi de liberté relève de la connaissance véritable, on ne la comprend qu’en mettant les commandements en pratique, on ne l’accomplit que par les miséricordes de notre Seigneur Jésus-Christ. »
La miséricorde, c’est un cœur à cœur qui n’est possible que par la confiance et pour obtenir la confiance, il faut sincérité et limpidité des pensées et des sentiments. « Que ton oui soit oui, et ton non soit non. Ce qui est en plus vient du Mauvais. » Cela nous rappelle que le diable est symbolisé par le serpent qui se déplace par reptation une fois à gauche, une fois à droite, une fois oui, une fois non. Et un roman de Bernanos nous rappelle la même chose : « Monsieur Ouine. »
Ni oui ni non, affirmation du non sous couvert du oui, histoire sombre analysant la décomposition morale et spirituelle incarnée par un professeur pédophile et nihiliste, image d’un monde qui s’est abandonné à son propre vide, image de ce que les médias nous offrent chaque jour et que nous alimentons par notre propre péché.
Mais laissons tout cela au Mauvais et faisons l’expérience du Christ en sa Parole et en son commandement d’amour en ajustant notre oui extérieur à son oui intérieur, notre non extérieur à son refus le plus intime.
frère Renaud
Lectures : Si 15, 15-20 ; 1 Co 2, 6-10 ; Mt 5, 17-37
