L’évangile de la messe de minuit nous a permis de revivre la naissance de Jésus sur terre à Bethléem, la naissance d’un petit d’homme dans des conditions d’extrême pauvreté, à l’image de tant d’enfants qui naissent encore aujourd’hui dans le monde dans des situations de grande précarité. Par contre, l’évangile de ce matin ne s’attarde pas aux détails de cette naissance mais il nous en rappelle tout le mystère : cet enfant est le Verbe de Dieu, il est la Parole de Dieu, le Fils du Père.
Les deux évangiles de la nuit et du jour se complètent et sont indissociables. Sur mon bureau se trouve une petite crèche péruvienne qui me semble bien résumer les deux facettes de l’incarnation. On y voit l’enfant entouré par Marie et Joseph et derrière eux un personnage, sans doute l’ange Gabriel ; et la scène est placée sur la paume d’une main ouverte où j’aime y reconnaître la main du Père : c’est Lui qui nous offre son Fils à travers le oui de Marie et de Joseph.
Le Verbe est venu dans notre chair, nous dit saint Jean. Le mystère de l’Incarnation c’est que Jésus-Christ est Fils de Dieu et Fils de l’homme, qu’il est vrai Dieu et vrai homme. Les premiers chrétiens l’ont compris et ils ont dû se battre longtemps pour préserver cette vérité. Ce grand mystère a fait l’objet de plusieurs conciles pour arriver à notre credo qui proclame que Jésus Christ est le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Et cela en particulier à l’encontre de l’arianisme qui n’admettait pas la divinité du Christ.
Saint Benoît a connu cette époque et c’est ce qui explique que dans sa règle il évite d’appeler le Christ Jésus, il passe sous silence sa vie terrestre pour insister sur sa divinité, pour mettre l’accent sur la grâce du Fils unique qui tient sa gloire de son Père.
Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. Trois fois par jour, l’Angelus nous invite à prier cette phrase qui dit plus exactement : il planta sa tente au milieu de nous. Dans la Bible et pour les peuples nomades, la tente est une habitation qui se déplace avec tous ceux qui y vivent. C’est une habitation fragile mais qui n’empêche pas d’avancer et de progresser. La tente est aussi un lieu d’accueil, de rencontre, de palabre, nous dirions de dialogue. Dieu a planté au milieu de nous, au milieu du monde, une tente qui nous permet de vivre avec Lui tout ce que cette fragile habitation signifie pour les nomades du désert. Dieu s’est fait nomade parmi nous. Et même si nous avons une demeure stable, une situation bien établie, que ce soit un monastère ou une maison confortable, nous ne devons pas perdre de vue que nous sommes disciples d’un Dieu nomade, et que nous devons vivre en pèlerins. Notre vocation est d’être en chemin.
La tente que le Fils de Dieu a planté au milieu de nous en se faisant homme, c’est la tente de l’Église. Et cette tente est une demeure pour nous dans la mesure où nous rencontrons en elle le Christ, où nous venons l’écouter et lui répondre. C’est là que nous venons partager avec lui le pain et le vin par lesquels il se donne. Et dans cette tente qu’est l’Église nous y rencontrons des frères et des sœurs car nous ne cheminons pas seul mais nous marchons ensemble comme peuple de Dieu. Nous sommes des passants qui nous en retournons ensemble vers la maison du Père.
Cette image de la tente est importante, surtout aujourd’hui dans un monde instable où l’on cherche à s’accrocher à des certitudes et à des traditions immuables. Ce que la vie chrétienne peut offrir ce n’est pas une stabilité statique mais la stabilité et l’assurance d’un chemin sûr où toute la vie prend un sens parce que ce chemin nous conduit, sous la conduite de l’évangile et poussé par le souffle de l’Esprit-Saint vers ce à quoi nous sommes destinés de toute éternité.
Ensemble nous marchons vers la Terre promise dont nous connaissons maintenant le chemin depuis que Dieu s’est fait l’un de nous. Nous pouvons y découvrir le fil sacré de notre vie, la vérité de notre être, celle d’être des fils et des filles de Dieu. Il suffit pour cela de regarder vivre Jésus de Nazareth, d’apprendre de lui à devenir doux et humble de cœur, à être comme lui proche des enfants, des petits, des pauvres et des pécheurs, d’être comme lui artisans de paix et de miséricorde, et surtout de mettre en pratique le grand commandement d’amour, comme il nous en a donné l’exemple.
Le décor attendrissant de la crèche ne doit pas nous faire perdre de vue la portée extraordinaire de cette fête. Noël est là chaque année pour nous rappeler ce à quoi nous sommes appelés : « Dieu s’est fait homme pour que nous puissions être unis à sa divinité ». Toute notre vie est une tentative pour correspondre à ce que nous sommes. Nous sommes des pèlerins de l’absolu, des pèlerins qui nous en retournons vers la maison du Père. Nous serons artisans d’espérance, de paix et de miséricorde dans le monde si nous sommes convaincus de la beauté de notre vocation humaine, si nous sommes conscients de la gravité de chaque jour qui nous est donné pour modeler peu à peu notre vie sur celle du Seigneur Jésus.
frère Bernard
Lectures : Is 52, 7-10 ; Hb 1, 1-6 ; Jn 1, 1-18
