C’est aujourd’hui le quatrième dimanche de Pâques. Chaque année, à cette occasion, nous lisons quelques lignes du dixième chapitre de l’évangile selon saint Jean, tantôt celles-ci, tantôt celles-là. Et on a pris l’habitude d’appeler ce jour le dimanche du Bon Pasteur. Mais qui est le bon pasteur ? Si j’attendais votre réponse avant de poursuivre, je suppose que la plupart me répondrait que c’est Jésus. Pourtant, il ne se présente pas comme tel dans les dix premiers versets du chapitre, ceux que nous avons entendus aujourd’hui. Il faut attendre l’année prochaine (et le 18 avril) pour que l’évangile commence par cette parole de Jésus : « Je suis le bon pasteur. »
Aujourd’hui, Jésus nous dit que le bon pasteur est celui qui entre dans l’enclos des brebis en passant par la porte. Et la porte, c’est lui. « Je suis la porte. » Si nous nous en tenons à ce que la liturgie de cette année nous offre, le bon pasteur, c’est une personne qui passe par Jésus, pour appeler les brebis, chacune par son nom. Le bon pasteur passe par Jésus pour entrer, pour sortir et pour trouver un pâturage.
Ce quatrième dimanche de Pâques est aussi le dimanche de prière pour les vocations. Car notre Église a besoin de bons pasteurs, qui ont appris à reconnaître la Porte et sont à même de guider leurs frères et leur sœurs pour qu’ils puissent librement sortir et entrer, à même de les conduire par le juste chemin, de veiller à ce qu’ils ne manquent de rien, de les faire reposer sur des prés d’herbe fraîche, et de les faire revivre auprès des eaux tranquilles de leur baptême.
Vous aurez compris que je dresse ce portrait des bons pasteurs en m’inspirant du psaume que nous avons chanté tout à l’heure. Je prends ainsi une petite liberté par rapport à l’usage liturgique. Car il est convenu que, durant le temps pascal, toutes les lectures de l’eucharistie sont choisies dans le Nouveau Testament. Entre Pâques et Pentecôte, on ne lit pas l’Ancien. Mais on chante tout de même les psaumes… Alors, je voudrais commenter un peu ce texte du Premier Testament et jouer avec le psaume de ce jour comme je viens de le faire avec l’évangile. Le Seigneur n’est peut-être pas où nous l’imaginons. Nous croyons qu’il est le bon pasteur, mais il nous dit, provisoirement : « Non, non, moi, je suis la porte. Le bon pasteur, c’est l’un de vous. »
Eh bien, nous pourrions lire le psaume de la même façon, en nous laissant surprendre. Le psalmiste, qui s’exprime en « je », parle du Seigneur à la troisième personne, au début et à la fin : « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien ; j’habiterai la maison du Seigneur tous les jours de ma vie. » Mais entre ces deux exposés, ces deux descriptions, il y a tout à coup un « tu » qui intervient. Le psalmiste ne parle plus du Seigneur, mais au Seigneur : « Tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure. »
Et la suite commence encore par « Tu ». Spontanément, nous pensons que le psalmiste continue à s’adresser à Dieu. Mais on peut aussi lire ce psaume – et beaucoup d’autres –comme un dialogue. Et c’est alors le Seigneur qui dit : « Tu prépares la table pour moi, devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante. » On devine aisément à qui il dit cela : à cette femme qui, à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, pendant qu’il est à table, lui verse le parfum sur la tête. Ses gestes sont déjà eucharistiques : elle brise le vase comme il rompra le pain, elle répand le parfum comme il versera le sang de l’alliance. On entend Jésus lui confier : « C’est parce que tu as eu la générosité de répandre un parfum précieux sur ma tête que ma coupe pourra déborder pour le monde. »
frère François
Lectures : Ac 2, 14a.36-41 ; 1 P 2, 20b-25 ; Jn 10, 1-10
