31052026

Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique pour que le monde soit sauvé. En s’adressant ainsi à Nicodème, un notable juif pharisien qui vient le questionner en secret, Jésus résume en même temps son origine, le projet de Dieu et sa mission.

Dieu a tellement aimé le monde : la foi du peuple juif affirmait déjà cette conviction avec force. Le petit extrait du Livre de l’Exode, que nous avons entendu en première lecture, nous a montré Moïse se levant de bon matin pour gravir la montagne : il porte les deux tables des commandements de Dieu gravés sur la pierre – signe de son obéissance -, et il reçoit cette révélation : le Dieu unique, le Seigneur, est tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. En quelques mots, c’est déjà un fameux programme : pour l’époque, mais également pour nous ! Il s’agit en effet de corriger dans nos imaginations l’idée d’un Dieu vengeur et justicier, et de la traduire dans nos actes en vivant sous son regard de tendresse et de miséricorde et en devenant nous-mêmes lents à la colère, pleins d’amour et de vérité… Tout un programme, n’est-ce pas ?…

On est loin  alors des questions où la fête de la Sainte Trinité pourrait nous égarer si nous nous en tenons à une approche purement rationnelle et en quelque sorte arithmétique, où il est impossible que 3 fois 1 donnent 1… La définition traditionnelle des trois personnes en une seule nature risque de ne pas satisfaire non plus les esprits modernes… « La vie du chrétien, écrit le théologien Romano Guardini dans son livre ‘Royaume de Dieu et liberté de l’homme’, sera régie par cette conviction plus que par des règles et des méthodes : le sentiment vivant de faire partie de la famille divine, d’être frère ou sœur du Christ, fils ou fille du Père, ami du Saint Esprit ».

‘Faire partie de la famille divine’ : nous ne pouvons parler de Dieu que par images, et cette image de la famille, utilisée par Guardini, me plaît beaucoup et me parle mieux que de savants discours. Père, mère et enfant sont unis, ils portent le même nom, ils ont le même désir d’unité, mais ils sont tous différents et ils ont des activités diverses. Bien entendu, le plus important ne se trouve pas  dans les comparaisons que nous pouvons imaginer pour tenter de représenter la Trinité divine… L’essentiel est la communion authentique que nous sommes appelés à vivre avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Et là, on peut le dire : la réalité dépasse la fiction…

De cette réalité centrale de notre foi chrétienne, puis-je vous proposer deux conséquences ?

La première est l’émerveillement. Il me semble que nous, chrétiens, sommes trop souvent complices d’une certaine morosité, qui marque la société où nous vivons. Or notre foi au Dieu unique, tendre et miséricordieux, plein d’amour et de vérité, devrait nous remplir de confiance, de joie, de sérénité… Comment accueillons-nous les dons de Dieu, et en sommes-nous les témoins émerveillés ?

L’autre conséquence que je vous propose de notre foi en la Trinité peut vous surprendre : c’est tout simplement de participer à la messe… L’union au Corps ressuscité du Christ, que nous recevons dans l’eucharistie, nous introduit dans une communion tout aussi réelle, même si elle est moins directement perceptible, avec le Père et l’Esprit Saint. Notre vie en devient en quelque sorte divinisée, dans la mesure où nous réalisons ce que St Paul écrivait aux fidèles du port de Corinthe – qui pourtant n’étaient pas des anges… :  Soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous…

Ainsi soit-il !

abbé René Rouschop

Lectures : Ex 34, 4b-6.8-9 ; 2 Co 13, 11-13 ; Jn 3, 16-18

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